Vous ne terminerez jamais vos études universitaires...

Un professeur de chimie partage ses réflexions sur son parcours de foi pendant son périple universitaire.

« Vous ne terminerez jamais vos études universitaires... »

Les mots me stupéfièrent. Ayant amorcé le troisième cycle, j’étais anxieux de commencer mes recherches. Je pris rendez-vous avec tous mes professeurs de chimie pour mieux les connaître, me familiariser avec leurs recherches, et me faire une idée des possibilités pour mon avenir. Je retournai voir celui qui m’avait fait la meilleure impression. Il me proposa de l’aider à développer un système de classification pour plantes et animaux basé sur l’évolution biochimique.

Après l’avoir écouté avec attention, je lui dis : « Je ne pense pas être qualifié pour ce type de projet. »

« Pourquoi pas ? » me demanda mon professeur.

« Je ne pourrais pas m’engager à fond dans cette recherche. Je ne crois pas à l’évolution. Je suis adventiste du septième jour, je crois à la Bible et à son récit de la création. »

Ce fut au tour de mon professeur d’être stupéfait. Mais c’était lui qui dominait la situation. « Vous ne terminerez jamais vos études universitaires si vous persistez dans ces idées, me dit-il. La Bible est pleine d’erreurs. Vous et moi pourrions écrire un livre bien meilleur et plus exact que la Bible. »

J’étais loin d’être convaincu, mais cela ne l’empêcha pas de se lancer dans un long monologue.

Finalement, il me demanda si je tenais quand même à travailler pour lui comme assistant de recherche.

« Oui, lui dis-je, mais me tiendrez-vous rigueur de ce que je ne partage pas vos vues sur l’évolution ? »

J’avais affaire à un homme équitable. « Cela fait partie de mon enseignement et je m’attends à ce que vous puissiez l’exposer pour l’examen. Mais je ne peux pas vous forcer à y croire. »

C’est ainsi que commença une longue relation de travail. A partir de ce moment-là, je devins l’incrédule appelé à être témoin de toute découverte dans la recherche de l’évolution biochimique sur laquelle le Dr Nes travaillait en collaboration avec un autre de ses assistants. Ce professeur jouissait d’une réputation mondiale dans le domaine de la biochimie des stéroïdes. Pendant un certain temps, je me demandai s’il était possible qu’il ait raison et que je sois moi-même dans l’erreur en ce qui concerne l’origine de la vie.

Un chemin biosynthétique universel

Tandis que mon professeur partageait ses informations et ses idées avec moi, il devint très vite évident que ce qu’il considérait comme des preuves de l’évolution étaient pour moi de puissantes attestations de la sagesse et du pouvoir créateur de Dieu.

Considérons à titre d’exemple ce que mon professeur appelle un « chemin biosynthétique universel », ainsi nommé parce que certaines de ses portions se retrouvent chez toutes les espèces et dans la plupart des tissus. Il commence par des molécules de nourriture (principalement des hydrates de carbone et des graisses) qui se subdivisent en fragments contenant deux atomes de carbone formant une structure-clé appelée acétyle coenzyme A. Une partie s’oxyde en CO2 et H2O, libérant de l’énergie, principalement l’A.T.P. (adénosine triphosphate). La plus grande partie des résidus est utilisée pour synthétiser un autre composite crucial contenant cinq atomes de carbone, l’isopentenylpyrophosphate. Ce composite sert de base à la synthèse de centaines d’importants produits naturels. Certains contiennent 10 ou 15 atomes de carbone, tels les parfums de fleurs, les agrumes, les épices et les huiles médicinales. La vitamine A contient 20 atomes de carbone et le pigment de carotène, 40. Quand deux composites de C15 reliés se combinent, ils produisent un composite de C30 qui se cyclise pour produire des stéroïdes comme le cholestérol, la cortisone et les hormones sexuelles. Les stéroïdes produits par ce biais se retrouvent dans tous les groupes majeurs d’organismes, de l’algue marine aux êtres humains.1

Interprétation

Mais cette information importante, selon laquelle les plantes, les animaux et les êtres humains utilisent en partie les mêmes réactions chimiques contrôlées par des enzymes similaires pour répondre à divers besoins, soulève une importante question. Ce fait prouve-t-il que les plantes, les animaux et les êtres humains ont un ancêtre commun ou un Créateur commun ? Prouver une donnée signifie apporter suffisamment de faits ou d’arguments pour entraîner une conviction. L’interprétation des faits n’est pas une preuve en soi. Prenons deux interprétations qui ne constituent ni l’une ni l’autre une preuve en soi.

La première provient des biochimistes. « L’évolution biologique peut être retracée à travers le dépôt des fossiles ou en comparant directement les séquences de gènes et de protéines. Les observations suggèrent que les millions d’espèces qui existent aujourd’hui descendent d’un même ancêtre ayant vécu il y a des milliards d’années. Cette cellule ancestrale aurait indéniablement été capable de glycolyse (la subdivision du glucose) ainsi que de bien d’autres procédés biochimiques fondamentaux communs à toutes les cellules. Cette cellule aurait aussi été capable de synthétiser les aminoacides et les lipides, et il est plus que probable qu’elle aurait utilisé l’A.T.P. comme unité fondamentale d’énergie. Elle aurait utilisé le même code génétique que nous trouvons chez ses descendants modernes. Comment cette cellule ancestrale a évolué à partir d’organismes simples est un problème qu’il faut encore résoudre. L’origine de la vie, un événement qui eut lieu il y a plus de trois milliards d’années, est le sujet de bien des spéculations. »2 Un biologiste s’exprime ainsi : « Si deux espèces ont des librairies de gènes et de protéines avec des séquences de monômes étroitement reliées, ces séquences doivent avoir été copiées à partir d’un ancêtre commun. »3

La deuxième explication découle d’une perspective créationniste. Dieu créa les plantes et les animaux avec un besoin de sources d’énergie et de respiration. Il rendit les végétaux capables de photosynthèse afin que l’énergie solaire puisse être utilisée pour synthétiser des composites organiques qui serviraient de sources d’énergie aux plantes et aux animaux. Les deux métaboliseraient les mêmes composites et nécessiteraient les mêmes enzymes, ou des enzymes similaires afin de perpétuer leur métabolisme. Puisque les enzymes sont des protéines avec une séquence d’aminoacides particulière et des formes particulières, ils requièrent des séquences spécifiques d’A.D.N. contenant un code précis pour la synthèse des enzymes. Ainsi, on pourrait s’attendre à trouver des séquences de base comparables de nucléotide d’A.D.N. dans les plantes, chez les animaux, ainsi que chez les êtres humains. Le chemin de la glycolyse devrait exister chez tous les organismes vivants qui obtiennent leur énergie à travers la respiration associée à l’oxydation du glucose.

Un dilemme

Ces deux interprétations reposent sur des présupposés hypothétiques. Laquelle de ces interprétations est-elle vraie ? Comment décider de la position à adopter ? Malheureusement, la science n’offre pas de solution définitive pour trancher entre deux paradigmes compétitifs (un paradigme est un ensemble de présupposés généraux d’ordre conceptuel et méthodologique qui colore la vision du monde d’un individu et l’interprétation qu’il lui apporte). Comme le dit I. G. Barbour, « des paradigmes compétitifs offrent différentes évaluations pour ce qui est des solutions qui seraient acceptables. Il n’y a pas de critères extérieurs sur lesquels baser le choix des paradigmes, car les critères découlent eux-mêmes des paradigmes. On pourrait évaluer des théories dans le contexte d’un paradigme, mais dans un débat entre paradigmes il n’y a pas de critères objectifs. Les paradigmes ne peuvent être altérés et sont hautement résistants au changement. »4

Face au dilemme

Confrontés à ce problème, certains scientistes ont adopté la position qu’ils n’accepteront comme faits que les informations qui sont vérifiables et qui dépendent exclusivement de l’intellect pour leur interprétation. Malheureusement, cette approche comprend certaines failles. Car il n’existe rien de tel qu’une « information dénuée d’interprétation ». Toute donnée est colorée par une théorie. En d’autres termes, les paradigmes utilisés par un scientiste influencent le type d’informations rassemblées et les observations délaissées.

Une deuxième approche du dilemme des paradigmes conflictuels est celle que j’ai choisie. Je pars du présupposé que ma connaissance et l’information à laquelle j’ai accès sont limitées et incomplètes. Aussi, je ne limite pas ma compréhension du monde à la somme de données reproduites par d’autres ou moi-même en laboratoire. Dans ma reconstruction d’un paradigme, je suis disposé à utiliser des informations rapportées par des sources crédibles, témoins d’événements qu’il m’est impossible d’observer. Par exemple, il m’est impossible d’observer la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ, mais ces données sont retenues dans le récit biblique ainsi que dans l’histoire. Le Christ a promis de nous envoyer un autre consolateur qui nous guiderait dans toute la vérité (Jean 16 : 13). Ce consolateur est omnipotent, omniscient et omniprésent. Une partie de son œuvre de guide vers toute la vérité consistait à inspirer de saints hommes de Dieu à écrire les livres de la Bible (1 Pierre 1 : 19-21). L’Ecriture, rédigée sous l’inspiration de l’omniscient Saint-Esprit, est précieuse à mon propre épanouissement et contribue à placer mes observations de la nature dans une perspective plus juste.

L’Ecriture me donne des informations additionnelles, rapportées par des témoins sûrs, qui m’aident à construire mes paradigmes. Je compte onze livres de l’Ancien Testament et dix livres du Nouveau Testament qui traitent de la création. Le Saint-Esprit, qui inspira le récit de la Bible, fut un témoin actif du processus de la création (Genèse 1). Christ, le témoin créateur (Jean 1), exprime de manière répétée sa croyance dans la création (Marc 10 : 6 ; 13 : 19 ; Apocalypse 1 : 4, 5 ; 4 : 11 ; 22 : 16). Les anges eux-mêmes la certifient par la Parole de l’autorité la plus exaltée de l’univers — le Créateur du ciel et de la terre, de la mer et de tout ce qui s’y trouve (Apocalypse 10 : 4, 5). Il semble raisonnable d’opter pour un paradigme qui ne rejetterait pas arbitrairement ces témoignages.

L’Ecriture révèle aussi qu’avant le retour du Christ il existera deux groupes significatifs qui fonctionneront à partir de paradigmes conflictuels. La description de l’un se trouve dans Apocalypse 14 : 6-12 : ce sont ceux qui proclament la bonne nouvelle du salut et du jugement et qui croient que Dieu mérite révérence et adoration parce qu’il est le Créateur. Ils persévèrent dans l’observation de ses commandements, y compris celui du sabbat, mémorial de la création. Ils maintiennent leur foi dans leur Créateur-Sauveur. Cette relation permanente avec lui affecte fortement leur manière de voir la réalité et leur interprétation des informations qui déferlent sur eux.

Le second groupe, défenseur d’un paradigme opposé, est annoncé dans 1 Pierre 3 : 3-6. Ceux qui en font partie maintiennent un cadre de référence qui nie la fiabilité des promesses de Dieu. Ils ne suivent que leurs propres inclinations. Ils prônent des concepts unitariens et ignorent le fait que Dieu a appelé le monde à l’existence par sa Parole. Ils oublient que Dieu a formé la terre à partir des eaux à travers le mouvement des eaux et la force des eaux en mouvement. Ils oublient que les mêmes eaux, utilisées de manière inventive à la création de la terre, servirent à administrer une forme de jugement lors du déluge, et changèrent une fois de plus l’aspect de la terre.

Un choix délibéré

La description prophétique de ces deux paradigmes contraires de la fin des temps montre bien que la tension entre les créationnistes et les évolutionnistes ne s’estompera pas avant le second avènement du Christ. L’acceptation de l’un ou de l’autre de ces paradigmes implique un choix délibéré. C’est une décision qui touche à l’essence de la foi. Certains placent leur foi et leur confiance dans le Créateur-Rédempteur ; ils interprètent les événements et les observations de la nature à travers la lumière de la Parole révélée sous l’influence du Saint-Esprit. D’autres placent leur foi dans leur propre intelligence pour interpréter avec exactitude leurs observations du monde naturel sur la base de méthodes scientifiques et sans le recours à aucune autre source. Ils considèrent leurs conclusions comme étant plus fiables que celles qui se basent sur la révélation du Dieu créateur. Telle était l’attitude que révélait la remarque de mon professeur : « Vous et moi pourrions écrire un livre bien meilleur et plus exact que la Bible. »

L’ontogénie, récapitulation de la phylogénie ?

Les choses deviennent plus claires quand on considère le concept de base sur lequel repose la recherche de mon professeur d’évolution biochimique. Ce concept a pour origine Ernst Haeckel, qui pendant un demi-siècle, à partir de 1860, défendit ardemment l’idée que l’ontogénie récapitule la phylogénie. Au départ, cette théorie signifiait que l’embryon qui se développe passe par des étapes rappelant les étapes adultes de ses ancêtres plus simples sur l’échelle de l’évolution. L’enthousiasme de Haeckel pour sa version des concepts darwiniens de l’évolution était telle que presque toute une génération de biologistes choisit de se spécialiser dans l’embryologie afin d’approfondir le processus de l’évolution.

Quand mon professeur publia les résultats de la recherche que j’avais refusé d’entreprendre, il qualifia son étude « de recherche sur les séquences biosynthétiques dans les tissus immatures ayant pour but d’aborder le problème de l’évolution à partir de la perspective de la récapitulation ontogénique de la phylogenèse ».5 Dans un article qui parut ultérieurement, il développa l’idée en écrivant : « Dans une recherche préliminaire, nous avons postulé que les graines récapitulent dans leur processus de germination leur historique d’évolution à un niveau chimique. »6 Il utilisait donc une théorie qui fut à partir de 1860, pendant un demi-siècle, une source intarissable de débats peu concluants parmi les biologistes. Au fur et à mesure que les objections et les anomalies de la théorie ressortaient, les ajustements suivaient. En analysant le déclin et la chute de cette théorie, Gould7 affirme que celle-ci ne fut jamais démentie sur la base de ses nombreuses anomalies, mais qu’elle sombra tout simplement peu à peu dans l’oubli.

Nes accumula un nombre considérable de données biochimiques qu’il classifia sous le générique de « relations organismiques ». Il espérait encore que son projet aboutirait, mais il admettait rencontrer des difficultés. « La première complication (et non la seule) réside dans la définition de ce qui est plus ou moins avancé. »8 Qu’est-ce qu’une réaction simple d’organismes simples, et qu’est-ce qu’une relation complexe qui serait le propre d’un embryon d’une espèce plus complexe à un stade avancé de son développement ? Les évolutionnistes moléculaires essaient encore de comprendre l’évolution des grosses molécules et de reconstruire la phylogénie des organismes à partir des informations macromoléculaires.

Une leçon à retenir

Mon parcours en tant qu’étudiant universitaire dans un tel domaine fut une épreuve pour ma foi. Mais celle-ci est demeurée ferme et constante pendant mes études comme au cours de ma carrière de scientifique. Je vis ma foi et j’enseigne aussi les sciences. Mais ce que j’ai appris est indispensable : quand notre foi est assiégée, nous n’avons pas à nous rendre. Pour finir, quelques conseils :

  1. Ne vous affolez pas. Si vous rencontrez une anomalie au paradigme actuel sur lequel vous avez basé votre foi en Dieu, ne paniquez pas. Il est fort probable que vous puissiez l’incorporer en apportant de légères modifications à votre paradigme sans amoindrir votre foi en votre Créateur ou sa Parole.
  2. Raisonnez de manière constructive. Si un ajustement mineur ne suffit pas, décidez d’une démarche constructive en entreprenant des recherches pour en savoir davantage sur l’anomalie en question. Au fur et à mesure que votre connaissance augmentera, le sujet pourra ne plus présenter de problème, ou ne demandera qu’un ajustement mineur ; ou encore, il pourrait s’avérer sans importance.
  3. Réfléchissez de manière créative. L’histoire enseigne que nous encourrons moins de frustrations et ferons davantage de progrès dans la connaissance si nous passons moins de temps à haranguer les tenants de paradigmes contraires aux nôtres et plus d’énergie à travailler en vue de trouver des approches plus créatives au problème.
  4. Placez votre foi là où elle compte. Tout paradigme comporte des anomalies et il faut quelquefois savoir vivre avec des questions. Rappelez-vous que votre choix entre des paradigmes conflictuels s’orientera sur la base de votre foi. Placez donc votre foi là où cela compte !

En passant, j’aimerais vous dire que j’ai terminé mon doctorat en chimie. Le Dr Nes, mon professeur principal, m’a toujours aidé et fut mon mentor pour ma thèse. Il était courtois et il respectait mon observation du sabbat. Quand nous nous sommes dit au revoir lors de la remise des diplômes, il m’a chuchoté : « Il me faudra attendre encore longtemps avant d’avoir un assistant de recherche tel que vous ! »

Au cours de 32 années de service, Dwain L. Ford (Ph.D., Clark University) a été successivement professeur de chimie, directeur de département et doyen du College of Arts and Science à Andrews University, où il est à présent professeur emeritus. Son adresse : 7041 Dean’s Hill Rd., Berrien Center, MI 49102, U.S.A.

Notes et références

  1. W. R. Nes et M. L. McKean, Biochemistry of Steroids and Other Isopentenoids (Baltimore, 1977), p. 412-414.
  2. H. R. Horton et autres, Principles of Biochemistry (Englewood Cliffs, N.J. : Neil Patterson Publishers, Prentice Hall, 1993), p. 24.
  3. N. A. Campbell, Biology (Redwood City, Calif. : The Benjamin/Cummings Publishing Co. Inc., 1993), p. 434, 435.
  4. I. G. Barbour, Myths, Models and Paradigms (New York : Harper & Row Publishers, 1974), p. 95-113.
  5. D. J. Baisted, E. Capstack et W. R. Nes, « The Biosynthesis of B-Amyrin and B-Sitosterol in Germinating Seeds of Pisum sativum », Biochemistry 1 (1962), p. 537-541.
  6. E. Capstack, Jr., D. J. Baisted, W. W. Newschwander, G. Blondin, N. L. Rosin et W. R. Nes, « The Biosynthesis of Squalene in Germinating Seeds of Pisum sativum », Biochemistry 1 (1962), p. 1178-1183.
  7. S. J. Gould, Ontogeny and Phylogeny (Cambridge : The Belknap Press of Harvard University Press, 1977), ch. 6.
  8. Nes, ouvrage cité.