Le soliloque : mode d’emploi pour en tirer profit

Enfants, on se moquait des gens que l’on voyait parler tout seuls. On en riait et on les traitait de fous ! Mais les psychologues nous apprennent que nous soliloquons tous et que nous le faisons tous les jours. Nous soliloquons sans arrêt et ce que nous nous disons alors aura, tout au long de notre vie, des effets sur nos pensées, sur nos interprétations et sur notre comportement. Avec ce dialogue intérieur, nous nous orientons, nous nous auto-admonestons, nous nous auto-soutenons, nous nous auto-critiquons, nous nous auto-motivons et nous nous auto-imposons le doute. Or, ce que nous nous disons peut nous amener au stress, à la crise de nerfs, aussi bien que nous calmer ou nous aider à surmonter nos peurs.

Imaginez que vous cherchiez du travail et que vous tombiez sur une annonce qui vous plaît énormément. Y postulerez-vous ? Cela dépendra beaucoup de ce que vous vous dites. Si vous pensez : « Oh ! là là, je n’aurai jamais ce boulot. Pas la moindre chance qu’on me prenne », il est alors fort probable que vous n’essaierez même pas de l’obtenir. Par contre, si vous vous dites : « Hum ! ce sera un défi à relever, mais je pense que j’ai ma chance, je vais faire de mon mieux », cette manière positive d’envisager la même situation vous encouragera à demander un entretien. Aussi étonnant que cela puisse paraître, le soliloque fonctionne beaucoup comme une prophétie auto-réalisatrice : vous pensez tant à une chose que vous la faites vraiment advenir.

Le soliloque et notre interprétation des événements

Autre caractéristique intéressante du soliloque : il agit sur notre façon d’interpréter ce qui nous arrive. De nombreuses personnes croient que ce sont les événements de notre vie qui nous font nous sentir fâchés, peinés, stupides ou

anxieux. Grâce au travaux d’Albert Ellis, Aaron Beck et Daniel Meichenbaum — pour ne citer qu’eux — nous savons désormais qu’en fait c’est ce que nous croyons au sujet de ce qui nous est arrivé qui nous fait réagir comme nous le faisons face à n’importe quelle situation.

Par exemple, un jeune homme apporte à sa petite amie une douzaine de roses rouges. Elle le voit qui arrive et se dit : « Il m’aime vraiment. Il s’est souvenu de mon anniversaire et je compte pour lui. » Quelle va être, selon vous, la réaction de cette jeune fille « Quoi qu’elle fasse, nous savons que ce sera positif, n’est-ce pas » Or, imaginons qu’elle se dise plutôt : « Le salaud ! Il sait que j’ai découvert qu’il est sorti avec Patricia et maintenant il m’apporte des fleurs pour se faire pardonner ! C’est fini entre nous ! » Comment réagira-t-elle, alors, à la venue du jeune homme » Avec ou sans roses, il est bien probable que ce ne soit pas du tout de manière positive. Et même s’il lui dit : « Mais c’est toi que j’aime vraiment ! », si la jeune femme continue de croire et de penser qu’il est un « salaud », rien ne lui fera changer d’avis ni de réaction.

Maintenant, sera-t-elle ou non en proie à la dépression ? Cela dépend de ce qu’elle se sera dit. Imaginons qu’elle se dise : « Je ne vaux rien. Je ne suis pas désirable, y c’est pour ça qu’il sort avec une autre. » Il est plus que probable que cela renforcera sa mauvaise estime de soi et la plongera dans la dépression. Si au contraire elle se dit : « Je suis bien contente d’avoir découvert ce qu’il est. Je mérite mieux que ça. Je suis prête à attendre quelqu’un qui m’aime comme je veux être aimée », alors elle parviendra à s’en sortir plus vite. Car voyez-vous, ce ne sont pas les événements en eux-mêmes qui affectent nos sentiments, mais c’est ce que nous croyons et ce que nous nous disons au sujet de ce qui nous est arrivé qui nous fait ressentir ce que nous éprouvons.

Le soliloque négatif

Une de mes histoires bibliques préférées illustre toute la puissance potentielle du soliloque. On la trouve dans 1 Rois 18 et 19, où Dieu demande à Elie d’aller se mesurer au roi Achab, à la reine Jézabel et à ses 450 prophètes de Baal, afin de voir qui, de Baal ou du Dieu d’Israël, serait le plus fort. Elie passe une longue et épuisante journée à observer les prophètes de Baal crier vers leur dieu et l’implorer, sans résultat. Enfin, il s’avance, adresse au Seigneur une simple prière et crac ! Le sacrifice, pourtant inondé d’eau, est brusquement consumé par un éclair de feu envoyé par les cieux. Et en prime, à peine Elie eut-il demandé à Dieu la fin d’une sécheresse de trois ans que le ciel « s’obscurcit par les nuages, le vent s’établit et il y eut une forte pluie » (1 Rois 18.45*). Ah ! quelle journée victorieuse pour Elie et pour tous ceux qui suivaient le Seigneur, dont la puissance s’était manifestée aux yeux de tous. Pourtant, n’est-il pas bizarre qu’après ce grand triomphe, Elie ait eu si peur de Jézabel que non seulement il s’enfuit dans le désert pour se cacher d’elle, mais qu’il exprima aussi son propre désir de mourir : « C’est assez ! Maintenant, Eternel, prends mon âme » (1 Rois 19.4) Pour n’importe qui d’entre nous observant cette scène, cela n’a aucun sens. Comment Elie peut-il, à un moment, avoir fait l’expérience de l’immense puissance et de l’omnipotence de Dieu, et l’instant d’après s’enfuir en proie à la peur ? Que se passe-t-il ?

Il y a là un très bon exemple de soliloque irrationnel. Il est fort probable que le dialogue intérieur d’Elie s’est déroulé comme suit : « Je ferais bien de partir d’ici. Jézabel va me tuer. Et si Dieu ne pouvait me protéger ? Je suis fichu ! » Car même si Elie s’était tenu sous la « pluie » de la toute-puissante force divine, ce fut son soliloque négatif qui l’emporta.

Tourner le dos au négatif

Heureusement, nous pouvons rompre avec ce genre de soliloque négatif qui nous assaille et faire en sorte que nos pensées travaillent pour nous, et non contre nous. Comment ? Essayez ces cinq étapes :

Premièrement, écoutez votre soliloque et entraînez-vous à capter les pensées précises qui engendrent les émotions que vous ressentez. Dans la mesure où nos attitudes et nos convictions se développent tout au long de notre vie et découlent fréquemment des retours que nous recevons de ceux que nous aimons, de ceux qui nous enseignent, d’amis, etc., elles ont tendance à germer à un niveau de conscience très faible. En nous concentrant sur ces sentiments, en les identifiant et en les évaluant, nous pouvons alors décider de quelle façon nous allons réagir à un événement de notre vie. Nous pouvons changer les pensées qui nous poussent à l’échec, mais à la condition préalable de savoir ce qu’elles sont. Répétez-les à haute voix. Si vous ne savez pas les reconnaître, elles continueront de dominer votre esprit.

Deuxièmement, repérez les messages défavorables à votre dialogue intérieur, qui ne sont pas dans votre meilleur intérêt. Focalisez principalement votre attention sur ceux qui empoisonnent vos pensées et vous affaiblissent. Les mots clés qui les révèlent, et qu’il faut chercher, sont des termes absolus comme « jamais » et « toujours ». Des énoncés tels que « je n’arriverai jamais à être pris dans cette équipe » ou « je rate toujours tout ce que je fais » ne sont pas seulement destructeurs, ils sont aussi irrationnels. Supposez que vous essayiez d’apprendre quelque chose de nouveau, le ski par exemple, et que vous tombiez sans cesse et en éprouviez une extrême frustration. En vous concentrant sur votre soliloque, vous allez peut-être découvrir que votre corps vous dit que vous êtes en très mauvaise forme physique et que vous auriez dû mieux vous préparer à cet exercice. Est-ce vrai ? Si c’est le cas, alors faites quelque chose pour y remédier. Restez sur des pentes plus faciles, prenez des leçons, commencez à suivre un programme quotidien de remise en forme. A l’opposé, si, en écoutant votre soliloque intérieur, vous vous entendez dire : « Je suis bête et stupide et je n’arriverai jamais à savoir skier », c’est le signal indiquant que ce que vous êtes en train de vous dire doit être corrigé, et ce sur-le-champ. Ce soliloque-là est irrationnel.

Troisièmement, entraînez-vous à bloquer les paroles négatives, en vous disant concrètement d’ARRÊTER de penser cela. Cette action vous aidera réellement à rompre le cercle de négativité dans lequel vous vous êtes probablement déjà emprisonné. Plus tôt vous pourrez intervenir et couper le débit de ces attitudes négatives, mieux ce sera.

Quatrièmement, substituez au soliloque négatif un soliloque plus positif. Le procédé clé, pour ce faire, consiste à insérer le positif aussi rapidement et aussi concrètement que possible. Si, par exemple, vous vous surprenez en train de vous dire : « Je ne réussirai jamais cet examen », interrompez immédiatement cette pensée négative et remplacez-la par une conviction plus rationnelle et plus exacte, telle que : « Je peux réussir si je me prépare de manière adéquate à cet examen. Je ne suis pas bête. J’ai déjà passé de nombreux examens. Je vais commencer à m’y préparer sans attendre une minute de plus. » Non seulement cette pensée est plus proche de la vérité, mais elle balaie l’attitude négative, la remplaçant par une autre qui est plus productive et vous aide mieux.

Cinquièmement, restez en relation étroite avec le Seigneur, lui permettant de demeurer en vous, afin que sa paix et sa parole « habite[nt] en vous richement. En toute sagesse enseignez-vous. » (Colossiens 3.16, trad. André Chouraqui.) Une vie consacrée à Dieu incite à dire : « C’est Christ qui vit en moi » (Galates 2.20) et on choisit d’être influencé par sa parole. Alors que les réflexions d’une personne sécularisée ne découlent que de sa pensée intérieure et ne sont influencées que par elle et par d’autres personnes présentes dans sa vie, les chrétiens croient qu’ils peuvent être influencés par le soliloque issu du domaine de la spiritualité. En d’autres termes, l’esprit humain peut trouver en Dieu des ressources nouvelles qui peuvent aussi améliorer son propre soliloque. Des pensées telles que « je ne vaux rien » peuvent être changées en ? Dieu m’aime tant, il est mort pour me donner la vie éternelle, je suis précieux ? (d’après Jean 3.16). Autre exemple : des messages du type « je suis si seul, je n’ai personne » peuvent être remplacés par des paroles de réconfort prononcées par Jésus, qui nous dit : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai à vous. » (Jean 14.18)

Les réflexions de Paul, quand on les interprète sous l’angle de l’importance accordée à un soliloque positif, prennent une toute autre dimension : « Au reste, frères, que tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, ce qui est vertueux et digne de louange, soit l’objet de vos pensées. Ce que vous avez appris, reçu et entendu de moi, et ce que vous avez vu en moi, pratiquez-le. Et le Dieu de paix sera avec vous. » (Philippiens 4.8,9) « Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. » (Philippiens 4.7)

En parcourant à nouveau ces étapes, vous parviendrez à prendre l’habitude de penser positivement. Soyez patient avec vous-même. Il se peut qu’il vous faille des semaines, voire des mois, pour réfuter tout votre répertoire de messages négatifs. Identifier ce genre d’« auto-endoctrinement », s’y attaquer et le remplacer par un soliloque plus sain prendra du temps, tout comme il faut du temps quand on veut rompre toute habitude bien ancrée. Il vous faudra peut-être beaucoup d’efforts, mais au bout du compte cela aura valu la peine. Vous serez étonné de voir à quel point vous deviendrez chaque jour plus efficace et mènerez une vie plus saine, plus heureuse et plus productive.

Nancy J. Carbonell (Ph.D., Andrews University) est professeur associé de psychologie appliquée à la relation d’aide à l’université Andrews. Adresse postale : Andrews University ; Berrien Springs, Michigan 49104, USA E-mail : carbonel@andrews.edu.

* Sauf indication contraire, toutes les citations bibliques sont extraites de la version Segond.