Yoshinori Namihira : Dialogue avec un adventiste japonais, chercheur en fibres optiques

Un ingénieur adventiste peut-il survivre dans le monde hyper-compétitif des technologies modernes et y être reconnu comme professionnel à part entière ? « Bien sûr », répond Yoshinori Namihira, premier chef de projet et ingénieur de recherche chez I.T.T. Japon (Laboratoires de recherche et de développement Kokusai Denshin Denwa ou K.D.D. R&D Labs, Tokyo).

M. Namihira est un enfant de l’après-guerre. Né à Okinawa quatre ans après la fin des hostilités, il obtint sa licence en ingénierie électrique à l’Université de Ryukyu (Okinawa) et sa maîtrise puis son doctorat en ingénierie de la communication électrique à l’Université Tohoku de Sendai (Japon). Il s’est joint en 1979 aux laboratoires K.D.D. Depuis, il se consacre à des recherches sur divers aspects des fibres optiques : caractéristiques des pertes de transmission, caractéristiques des fluctuations de polarisation, dispersion des modes de polarisation (DMP), méthodes de mesure de coefficient non linéaire appliquées aux fibres optiques monomodales et aux câbles en fibres optiques sous-marins.

Les succès professionnels de M. Namihira sont impressionnants et ses travaux ont été distingués tant dans son pays qu’au plan international. Qu’on en juge : 1984 : Premier prix de la revue Electronic Letters, décerné par l’Institute of Electrical Engineers, association professionnelle basée à Londres, pour ses recherches sur les effets de l’hydrogène sur l’augmentation des pertes de transmission des fibres optiques ; 1985 : Prix du président de la société, décerné par le siège de K.D.D. R&D Labs, pour ses recherches sur la perméabilité à l’hydrogène des fibres optiques ; 1990 et 1992 : Prix de la meilleure contribution à la Conférence internationale d’optoélectronique organisée au Japon, pour ses travaux sur la méthode DMP de mesure des fibres optiques ; 1994 (à Atlanta en Géorgie, U.S.A.) : même récompense, pour sa contribution au 42e Symposium international sur les fils et câbles (JWCS ’93) avec une présentation sur la réduction des câbles en fibres optiques par DMP. L’an dernier, la Conférence sur les communications par fibres optiques, la plus importante réunion scientifique du monde en ce domaine, l’a élu à son Comité du programme technique.

M. Namihira est actuellement membre de l’Association professionnelle japonaise des ingénieurs en électronique, en information et en communication ainsi que de l’Institute of Electrical and Electronical Engineers, association américaine similaire. Il est le coauteur de sept ouvrages techniques largement utilisés dans les universités et est détenteur de 31 brevets techniques.

Son emploi du temps débordant et trépidant n’empêche pas M. Namihira de jouer un rôle actif dans son église adventiste locale. Il est l’un des anciens de l’église de Hachioji, où il dirige une équipe de planification des programmes d’évangélisation.

Yoshinori Namihira est marié à Michiko. Ils ont deux enfants, une fille, Ai et un garçon, Koyo.

M. Namihira, pouvez-vous nous dire comment vous êtes devenu adventiste du septième jour ?

Il y a environ 30 ans, mon jeune frère Yoshinobu Namihira, maintenant médecin à Vicksburg, dans le Mississippi (U.S.A.), a assisté à une série de réunions d’évangélisation menées à Okinawa par le professeur Toshio Yamagata, un scientifique adventiste âgé de 89 ans. Après son baptême, mon frère m’a invité un sabbat à son église, à l’occasion d’une journée portes ouvertes. J’y ai rencontré Warren Hilliard (au-jourd’hui décédé), un des premiers missionnaires américains venus au Japon, et je fus profondément impressionné par son engagement chrétien. Interpellé par la foi et le style de vie adventistes, j’ai étudié la Bible avec feu Mitsuhiko Hayashi et avec le professeur Toshio Yagamata, à Sendai au Japon. Un nouveau monde de foi s’ouvrait devant moi et j’ai bien vite adhéré à l’Eglise adventiste du septième jour.

Votre éducation supérieure s’est déroulée dans des institutions non adventistes. Avez-vous connu des problèmes à cause de votre foi et de votre pratique religieuse, particulièrement en ce qui concerne le sabbat ?

Alors que je préparais mon doctorat à l’Université Tohoku, mon premier article technique, « Effects of Mechanical Stress on Transmission by Optical Fiber », avait été écrit en japonais. Il devait être évalué par l’armée de l’air américaine, qui voulait utiliser les fibres optiques dans ses avions et à qui il fallait une version anglaise de l’article. Cette traduction était en préparation et j’y travaillais en compagnie de mon professeur, M. Yasuto Mushiake et de son assistant, M. Masaaki Kudo. Mais le sabbat venu, je n’ai rien changé à mes habitudes et je suis allé à l’église. Mon professeur savait que j’allais au culte le samedi, mais il m’a quand même fait appeler par sa secrétaire pour que je revienne travailler sur la traduction.

Quel dilemme ! Devais-je obéir à mon professeur et transgresser le sabbat ou courir le risque de le voir me prendre en grippe, mettant peut-être en danger mon avenir à l’université, voire ma carrière ? Mon programme de doctorat était en jeu ! Mais j’ai choisi de respecter le sabbat et de rester à l’église. Après le culte, avant d’entrer dans notre voiture, mon épouse et moi avons remis ce problème entre les mains de notre Seigneur en le priant de bien vouloir accomplir sa volonté dans notre vie. Sur le chemin du retour à la maison, mon hymne préféré – « Je préfère avoir Jésus... » – résonnait en mon cœur. Je me sentais en paix. J’avais remis ce fardeau à Jésus et je lui faisais confiance. Les paroles du chant affermissaient ma décision d’obéir à son commandement. J’avais la ferme conviction que Dieu assurerait mon avenir, même si j’étais amené à quitter l’université. J’avais choisi de prendre au pied de la lettre la promesse de Genèse 22.8 : « C’est Dieu qui pourvoira » (version Jérusalem). Et de fait, Dieu a bel et bien pourvu en ce qui me concerne : mon professeur a compris ma position, j’ai achevé mon programme de troisième cycle et obtenu mon doctorat avec mention.

Quel genre de problèmes rencontrez-vous dans votre travail au sein d’une organisation non adventiste et comment réussissez-vous à les résoudre ?

Je me souviens d’une difficulté que j’ai rencontrée il y a environ quinze ans. A l’époque, nous travaillions à un grand projet ; nous devions tester la pose d’un câble optique immergé dans l’océan Pacifique. Le test était prévu pour un sabbat après-midi. J’étais déchiré. Alors que je réfléchissais à mon problème, je me suis souvenu de l’histoire racontée dans Marc 4.39, où Jésus est décrit comme celui qui commande aux éléments. Après tout, n’est-il pas le créateur de la terre et des mers ? J’ai cherché du secours auprès du Seigneur en le priant avec ferveur d’envoyer le vent agiter les flots. La météo avait prévu une mer calme – condition parfaite pour le test – mais vers minuit, un vent violent souleva les vagues et bien vite ce fut la tempête. Le temps n’était plus assez sûr pour notre expérience et le test fut repoussé à une date ultérieure. Mon problème était résolu et je me suis retrouvé à l’église, rendant grâce à mon Dieu pour les merveilles qu’il avait accomplies pour me permettre de rester fidèle à ma foi. Ce jour-là, j’ai fait part de mon expérience à mes frères et sœurs de l’église. Dieu n’exige rien de nous sans nous donner au préalable les moyens et la force d’accomplir sa volonté.

Vous avez travaillé pendant la majeure partie de votre vie dans un environnement séculier. Quel genre d’opportunités y avez-vous trouvées pour témoigner de votre foi auprès de vos collègues ?

L’effectif du personnel aux laboratoires K.D.D. R&D s’élève à environ 150 personnes. Il se trouve que je suis le détenteur du plus grand nombre de distinctions. Cela impressionne mes collègues, qui me demandent souvent le secret de ma réussite. Je leur répond que mes idées et mon inspiration me viennent de ma participation à chaque samedi au culte d’une église chrétienne. De plus, je me nourris de manière très saine : chaque fois que je participe à un cocktail d’entreprise, j’ai l’occasion d’en témoigner auprès de mes collègues en ne prenant pas de boisson alcoolisée, mais plutôt des infusions ou des jus de fruit. Mes choix à propos de choses si simples suscitent des questions de la part de mes collègues et nous en venons à parler de ma foi. A ma grande surprise, certains d’entre eux ont adopté le style de vie adventiste.

Un autre exemple me vient à l’esprit : en 1982, nous avons été les premiers à découvrir que l’augmentation des pertes de transmission des fibres optiques était due à l’hydrogène. Pour confirmer ma théorie, j’ai fait des prises de mesures quotidiennes, sauf le sabbat. Bien que mes données aient été incomplètes, car il me manquait une journée, l’Institute of Electrical Engineers, au Royaume-Uni, me décerna le prix de la meilleure contribution pour mon article.

Sur votre lieu de travail, comment compensez-vous votre absence du sabbat ?

Aux laboratoires K.D.D. R&D, la semaine de travail est de six jours. Or je ne travaille pas le samedi. Par contre, je travaille avec acharnement du lundi au vendredi, si bien que mes collègues me tiennent en estime et que mes patrons apprécient mon travail.

Quel genre de conseil pouvez-vous donner aux étudiants adventistes qui sont dans des institutions non adventistes ou à des adventistes travaillant dans des organisations non adventistes ?

Mon conseil est tout simple : faites toujours de votre mieux. Que votre vie et votre travail témoignent de votre foi. Le conseil que donne Ellen White dans Vers Jésus (p. 69 de l’édition S.D.T. de 1975) demeure valide : « L’apôtre dit : “Que chacun, frères, demeure devant Dieu dans l’état où il était lorsqu’il a été appelé.” (1 Corinthiens 7.24) Le négociant dirigera ses affaires de manière à glorifier son Maître par sa fidélité. S’il est véritablement chrétien, les hommes reconnaîtront que l’Esprit de son Maître inspire toutes ses transactions. L’artisan peut être un diligent et fidèle représentant de celui qui s’acquitta des devoirs les plus humbles dans les montagnes de la Galilée. Chacun de ceux qui se réclament du nom de Jésus-Christ devrait agir de telle sorte que le monde, en le voyant, puisse être amené à glorifier son Créateur et Rédempteur. »

Dieu récompensera les étudiants et employés chrétiens s’étant montrés fidèles, quel que soit leur lieu d’étude ou de travail. Je sais qu’il a tenu ses promesses dans ma propre vie.

Propos recueillis par Mary Wong. Mary Wong (Ph.D., Michigan State University) est responsable des ministères des enfants, de la vie familiale et des femmes de la Division Asie-Pacifique Nord des adventistes du septième jour, basée à Séoul (Corée du Sud). E-mail : mhtwong@kornet.net Adresse postale de M. Namihira : 2-1-15, Ohara, Kamifukuoka, Saitama 356-8502, Japon. E-mail : namihira@kddlabs.co.jp