Left Behind est-il biblique ?

Récemment, rien n'a autant captivé l'imagination chrétienne que Left Behind (titre de la traduction française : Les survivants de l'Apocalypse). C'est un roman best-seller, une série au succès fou, et le point de départ d'une succession de films qui rapportent plusieurs millions de dollars. Left Behind prétend se fonder sur les prophéties bibliques du temps de la fin : le retour secret de Jésus, la disparition instantanée des chrétiens, et un Antichrist malveillant qui prend le contrôle du monde.

La première parution de Left Behind date de 1995. Le livre, écrit par Tim LaHaye et Jerry B. Jenkins, est devenu si vite un best-seller que les auteurs et l'éditeur -- Tyndale Publishing -- ont décidé d'en faire une série de douze volumes. Des onze jusqu'ici imprimés, la plupart figurent parmi la liste des best-sellers du New York Times, du Wall Street Journal, et du USA Today. Barnes & Noble ont même consacré cette série « best-seller de tous les temps ».

En février 2001, Left Behind : The Movie est sorti dans les salles de cinéma des États-Unis. Un second film, Tribulation Force, basé sur le deuxième livre qui porte ce même titre, est sorti en 2002. Avec un livre de plus en attente et la planification d'au moins un autre film, la ferveur déclenchée par Left Behind continue de se répandre tout autour du monde. Il n'est par rare de voir dans les librairies des aéroports et des grands magasins des présentoirs entiers de la série complète Left Behind. Et ce phénomène n'est pas qu'américain : les romans ont été traduits en plusieurs langues dans le monde entier.

Théologie fondamentale

La théologie fondamentale de la série est celle-ci : premièrement, tous les chrétiens authentiques disparaissent, enlevés soudainement de la terre pour aller au ciel. À cet événement succède une période de tribulation de sept années qui s'abat sur ceux qui sont « laissés derrière » (left behind). Un homme perfide, à l'apparence de Monsieur Gentil mais qui est en réalité Monsieur Péché, c'est-à-dire l'Antichrist, se dresse rapidement pour rétablir l'ordre au sein du chaos. Tandis que se poursuit la saga, de nouveaux croyants, ayant accepté Jésus-Christ après l'enlèvement, démasquent l'Antichrist et deviennent ainsi la Force de la tribulation contre l'homme de l'enfer. Ce sinistre Antichrist, répondant au nom de Nicolae Carpathia, tourne alors ses armes de guerre contre les Juifs, toujours considérés comme le peuple élu de Dieu. À la fin de la tribulation, le drame atteint son apogée dans le retour visible de Jésus qui vainc Nicolae Carpathia et son réseau mondial de partisans ; il sauve la Force de la tribulation et délivre les Juifs à Harmaguédon.

Bien que la série Left Behind ne soit évidemment qu'une fiction, beaucoup de chrétiens dans le monde ont adopté ses idées principales, qui leur ont été exposées par les médias, les magazines, les livres, les conférences, les séminaires, l'Internet.

Nous pouvons résumer comme suit les « idées principales » :

1. Un enlèvement secret par lequel l'Église de Dieu est retranchée de la terre et introduite au ciel.

2. Une tribulation de sept années pour tous ceux qui sont laissés derrière.

3. L'apparition de l'Antichrist qui prend le contrôle du monde.

4. Une bataille finale entre l'Antichrist et les Juifs, qui sont délivrés à Harmaguédon.

Ces enseignements sont-ils bibliques ?

Le rapt secret

L'enlèvement secret est la pierre angulaire d'une école théologique connue sous le nom de dispensationnalisme (Dispensational Futurism). Sa doctrine de base stipule que les promesses de Dieu faites à la nation d'Israël dans l'Ancien Testament sont toujours intactes, mais ne pourront s'accomplir littéralement qu'après la fin de la « dispensation présente de l'Église ». Cet « ère de l'Église » ayant débuté à la Pentecôte se poursuivra jusqu'à l'enlèvement, lorsque le Christ reviendra secrètement pour emmener son Église au ciel. Quand tout sera fini, Dieu pourra alors tenir sa promesse envers les Juifs.

Tandis que les avocats de l'enlèvement secret utilisent plusieurs passages pour soutenir leurs idées, tels que Matthieu 24.40,41, nous nous concentrerons sur
1 Thessaloniciens 4.17, puisque c'est ce passage que les auteurs de Left Behind soulignent fréquemment. Dans ce texte, Paul déclare que, lorsque le Christ reviendra, tous les croyants vivants seront « enlevés ». Selon Left Behind et les dispensationnalistes, « enlevés » signifie ici disparaître sans laisser de trace. On interprète cet événement comme celui qui sera manifestement remarqué mais pas compris par la majorité des gens. On suppose que Jésus reviendra silencieusement, secrètement, invisiblement, de façon inaperçue, pour arracher son Église de la terre et la conduire au ciel. Après la disparition de tous les chrétiens, le monde entrera dans les sept années de tribulation cataclysmique.

Il y a problème ici : le contexte de 1 Thessaloniciens 4.17 révèle un retour du Christ qui est tout sauf secret ! Au verset 16, Paul dit clairement que le Christ, « avec un cri de commandement, avec la voix d'un archange, avec le son de la trompette de Dieu, descendra du ciel ». Assurément, cette description ne peut indiquer le secret ni le silence, mais l'exposition et le bruit. Le verset 15 se réfère à la descente du Christ comme étant « l'avènement du Seigneur ». Le terme grec pour avènement est parousia, terme également utilisé dans Matthieu 24.27 pour décrire le retour hautement visible de Jésus-Christ -- comme l'éclair qui luit à travers le ciel. Un éclair peut-il être secret et invisible ?

Considérons le contexte de 1 Thessaloniciens 4.17. Loin d'enseigner que ceux qui ne seront pas « enlevés » seront introduits dans une tribulation s'étalant sur une période de sept années, il précise qu'ils expérimenteront « la destruction [...] et ils n'échapperont en aucun cas » (1 Thessaloniciens 5.3). Une étude attentive de 1 Thessaloniciens 4.15 à 5.3 révèle clairement que la seconde venue de Jésus ne consiste pas en un rapt secret menant à une tribulation de sept années ; elle est plutôt le retour visible, audible et glorieux de Jésus. À la venue du Seigneur, les saints ressusciteront des morts et, avec les saints vivants, seront les rachetés de tous les âges qui rencontreront le Seigneur « dans les airs ».

Une tribulation de sept années

Les dispensationnalistes enseignent donc une tribulation de sept années après l'enlèvement secret. Ils obtiennent cette période de sept années à partir d'une interprétation spéculative de Daniel 9.27 : « Il fera avec la multitude une solide alliance d'une semaine, et durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l'offrande. »

L'interprétation dispensationnaliste de cette prophétie pose deux problèmes. Premièrement, elle prend la dernière semaine de la prophétie des soixante-dix semaines de Daniel 9.24-27 pour la propulser dans un futur lointain quelconque, temps dans lequel surviendra l'enlèvement et où l'Antichrist surgira. Mais une étude de Daniel 8 et 9 révèle clairement que les soixante-dix semaines constituent une période continue qui s'accomplira de la première à la soixante-dixième semaine en une ligne chronologique. Une saine exégèse et l'interprétation prophétique ne permettent pas la projection de la soixante-dixième semaine dans une période future.

Le second problème est plus sérieux. En harmonie avec le principe jour/année dans la prophétie (Ézéchiel 4.6), « une semaine » signifie sept années. Durant cette période, Daniel dit : « Il fera avec la multitude une solide alliance d'une semaine, et durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l'offrande. » (Daniel 9.27)

Ce « il », à qui se réfère-t-il donc ? Les dispensationnalistes l'attribuent à l'Antichrist qui apparaîtra dans le futur -- le Nicolae Carpathia des auteurs de Left Behind -- dans cette période future de sept années qui commence à l'enlèvement et se poursuit avec la tribulation.

Mais voilà que surgit un autre problème : les érudits bibliques du passé ont constamment interprété ce « il » comme étant Jésus-Christ, et l'« alliance » comme étant la nouvelle alliance ratifiée par la mort de notre Sauveur il y a deux mille ans (voir Matthieu 26.28), et non comme un traité de paix de sept années fait par l'Antichrist avec les Juifs après l'enlèvement.

Regardons cela encore une fois de près : Daniel 9.27 ne peut se référer à un traité de paix, mais à la nouvelle alliance que le Messie établira. Dans la Bible, l'Antichrist ne confirme jamais une alliance. C'est le rôle exclusif du Messie. De plus, Daniel 9.27 dit : « Durant la moitié de la semaine il fera cesser le sacrifice et l'offrande. » La moitié des sept années serait trois ans et demi, donc la durée exacte du ministère du Christ. Après trois ans et demi, Jésus a fait « cesser le sacrifice » par sa mort sur la croix. Il est le sacrifice final, et sa mort accomplit à la perfection cette prophétie de Daniel.

La seule position cohérente dans l'interprétation biblique et dans l'eschatologie, c'est de voir le Christ comme étant le « il » de Daniel 9.27, qui a confirmé l'alliance et a fait cesser les sacrifices juifs par sa mort sur la croix.

L'apparition de l'Antichrist

Les dispensationnalistes enseignent aussi que l'Antichrist est une personne perfide qui apparaîtra après l'enlèvement secret. Mais regardons ce que dit la Bible. Le mot antichrist y est utilisé seulement cinq fois : Jean 2.18,22 ; 4.3 ; et 2 Jean 7. Tous ces versets montrent qu'il n'y a pas seulement « un homme » appelé Antichrist, mais qu'il existe « beaucoup d'antichrists » (1 Jean 2.18). Jean dit aussi qu'« ils sont sortis de chez nous » (verset 19), indiquant que ces antichrists ont surgi de l'intérieur de l'Église plutôt que de l'extérieur ; l'apôtre indique qu'ils étaient déjà à l'oeuvre à son époque (1 Jean 2.18). Ainsi, d'une façon générale, l'Antichrist représente ces forces qui se revêtent du nom de « chrétien », mais enseignent et pratiquent des doctrines non bibliques, en contradiction avec la position et le rôle du Christ, forces qui n'hésiteront pas à persécuter ceux qui restent fidèles et loyaux au Christ et à ses enseignements.

La prophétie biblique annonce également l'apparition d'une mystérieuse « petite corne » (Daniel 7.8), identifiée par Paul comme étant « la personnification du mal » (2 Thessaloniciens 2.3), et par Jean comme étant « la bête » (Apocalypse 13.1). La plupart des érudits appliquent ces expressions à une seule et même entité. Du reste, Daniel 7.23 définit clairement une bête comme étant un royaume, non un homme.

La « petite corne » de Daniel fera également la guerre aux saints, et aura l'avantage sur eux dans l'histoire chrétienne (voir Daniel 7.21). Bien que ce court article ne puisse donner une preuve exhaustive quant à la justesse de l'interprétation de cette prophétie donnée par nos pères protestants, c'est un fait historique que, pendant plus de 400 ans -- jusqu'à la fin des années 1800 -- la majorité des érudits baptistes, méthodistes, presbytériens, luthériens et mennonites ont appliqué les prophéties bibliques sur l'Antichrist non à un futur Monsieur Péché qui se montrerait après l'enlèvement des croyants, mais plutôt à l'organisation persécutrice des saints, soit l'Église de Rome.

« Luther a prouvé, par les révélations de Daniel et de saint Jean, par les épîtres de saint Paul, de saint Pierre et de saint Jude que le règne de l'Antichrist, prédit et décrit dans la Bible, était la papauté. » (Merle d'Aubigné, History of the Reformation of the Sixteenth Century, 1846, tome II, chap. XII, p. 215)

La bataille finale entre l'Antichrist et les Juifs

Le dispensationnalisme voit dans les premiers adversaires terrestres à Harmaguédon l'Antichrist et la nation d'Israël, et non l'Église. En fait, une séparation nette entre Israël et l'Église de Dieu est absolument essentielle au scénario enlèvement-Antichrist-Israël. Si nous arrivons à prouver à l'aide du Nouveau Testament que, dans l'ère chrétienne, l'Israël de Dieu et l'Église de Dieu ne font qu'un, nous pourrons alors démontrer combien le dispensationnalisme est faux et non biblique.

Tout d'abord, le Nouveau Testament parle de la réalité de deux Israël -- un Israël « selon la chair » (1 Corinthiens 10.18) et « l'Israël de Dieu » centré sur Jésus-Christ (voir Galates 6.14-16). Paul écrit : « Car tous ceux qui sont issus d'Israël ne sont pas Israël. » (Romains 9.6) Il veut dire que tous ceux de la nation d'Israël ne sont pas l'Israël de Dieu après la croix. En d'autres termes, une personne peut être juive, descendante directe d'Abraham, mais du fait de son incrédulité et de sa vie selon la chair, elle peut ne pas faire partie de l'Israël de Dieu. Ceux qui font maintenant partie de l'Israël de Dieu connaissent Dieu par une foi personnelle en Jésus-Christ (voir Galates 3.7,14 ; 6.14-16).

Dans l'Ancien Testament, il est clairement fait allusion à Israël en tant que « descendance d'Abraham » (Ésaïe 41.8). Dans le Nouveau Testament, Paul dit aux non-Juifs convertis : « Et si vous appartenez au Christ, alors vous êtes la descendance d'Abraham, héritiers selon la promesse. » (Galates 3.29) Ainsi, les non-Juifs convertis sont devenus partie d'Israël. Éphésiens 2 est très clair : sur la croix, Jésus-Christ a brisé le mur de séparation entre les croyants juifs et les croyants non juifs, et les a mystérieusement unis en « un seul homme » ou « un seul corps » (Éphésiens 2.14-17). Par conséquent, la position dispensationnaliste qui sépare le vrai Israël de Dieu de la vraie Église de Dieu est contraire à la mission de la croix.

Plus loin, Apocalypse 16.12-16, où Harmaguédon est mentionné, ne parle pas d'une bataille entre l'Antichrist et les Juifs ; ce passage ne dit pas non plus que le Christ précède cette bataille en venant en secret pour enlever les saints. Le passage décrit plutôt la bataille comme « la guerre du grand jour de Dieu, le Tout Puissant » -- un combat entre les esprits des démons (incluant l'Antichrist) et les forces du bien. La promesse : « Je viens comme un voleur », se référant à la seconde venue du Christ (Apocalypse 16.15 ; cf. 1 Thessaloniciens 5.2), assure la victoire divine dans la bataille.

Le message biblique est clair. La voie du salut est maintenant ouverte à tous, y compris les Juifs. Mais lors de la seconde venue de Jésus, les ressuscités et les saints vivants rencontreront le « Seigneur, dans les airs » (1 Thessaloniciens 4.17), dans la démonstration publique la plus glorieuse de l'histoire du triomphe de Dieu sur la mort, sur Satan et sur ses agents malfaisants. Après la seconde venue, il n'y aura pas de seconde chance pour le salut.

La saga Left Behind peut être populaire et ses idées faire le tour du monde. Néanmoins, le solide enseignement biblique se dresse contre chacune des quatre positions centrales sur lesquelles le phénomène de Left Behind est construit. Left Behind (« laissé derrière »), véritablement, laisse derrière la vérité biblique et repose sur la spéculation humaine et la fantaisie théologique.

Steve Wohlberg est directeur et speaker de Endtime Insights et auteur de Truth Left Behind et Exploding the Israel Deception, qu'on peut trouver sur son site Web : http://www.endtimeinsights.com. On peut également contacter le pasteur Wohlberg à : steve@endtimeinsights.com.