La vérité sur la vérité

« Qu’est-ce que la vérité ? » (Jean 18.38*). La question de Pilate à Jésus est d’ordre universel. J’aimerais avancer six vérités sur la vérité, des vérités enseignées par l’Écriture.

Vérité n° 1 : la vérité existe

Pour la Bible, Dieu est « Dieu de vérité » (Psaume 31.6, Segond, 1979) et Jésus vint sur cette terre « [plein] de grâce et de vérité » (Jean 1.14).

La vérité étant consubstantielle à la nature divine, puisqu’on dit de Jésus qu’il est plein de vérité et qu’il est venu nous la révéler, nous sommes assurés qu’elle existe. Il y a quelques dizaines d’années, le préciser n’eût point été nécessaire, tant allait de soi l’existence d’une vérité absolue. Mais à notre époque, nombre de gens croient que tout est relatif et qu’il n’y a pas d’absolus moraux. Leurs principes moraux sont malléables et, pour eux, ce qui est vrai pour l’un peut ne pas l’être pour l’autre. Cela n’a rien à voir avec la perspective biblique, qui enseigne l’existence de vérités absolues persistant à être vraies, que l’on soit ou non d’accord.

Un jour, j’ai demandé à un groupe d’étudiants de fermer les yeux et d’indiquer par geste la direction du nord, puis de maintenir leur position tout en rouvrant les yeux. L’exercice a démontré leur inégal sens de l’orientation. Certains indiquaient l’est, d’autres le sud et d’autres l’ouest. Il se peut même que certains aient montré le plafond (sur les cartes, le nord n’est-il pas toujours en haut ?). Quelques-uns, pourtant, ne s’étaient pas trompés et pointaient bien leur doigt vers le nord. Mais quelle que soit la direction choisie, cela ne changeait rien à celle où se trouvait réellement le nord.

On sait qu’il est possible, en plein vol, qu’un pilote ne sache plus où se trouve le sol, qu’il ne sache plus distinguer le haut du bas ! C’est la désorientation spatiale, à l’origine de situations très dangereuses : si un pilote pense qu’il est en train de monter alors qu’en fait il plonge vers le sol, son avion court un grand risque.

Cet état potentiellement mortel que subissent parfois les pilotes d’avion peut être la métaphore de notre monde actuel, en proie à une véritable désorientation morale : nombreux sont les gens qui confondent le haut et le bas, avec pour conséquence la désintégration de la famille et de la société. De partout nous arrivent d’horribles histoires et des atrocités indicibles. C’est comme si nous vivions à nouveau à l’époque de l’antique Israël : « En ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël : chacun faisait ce qui lui convenait. » (Juges 21.25)

Un pilote d’avion a besoin d’un point de référence — l’horizon — et si celui-ci n’est pas visible, il doit consulter ses instruments, l’altimètre ou le gyroscope, pour échapper à la désorientation spatiale. De même, pour vivre une vie de vérité, le chrétien a besoin des points de référence que sont la parole divine, une vie de prière ainsi que les conseils et la présence d’amis chrétiens.

Quoi qu’en dise le monde actuel, la vérité existe. Il y a une réalité objective, et des absolus moraux. Il y a des vérités éternelles : la réalité de la mort de Jésus, pour vos péchés et pour les miens. La vérité de son prochain retour. La réalité de son plan pour la vie de chacun de nous. La vérité de son désir que chacun de nous fasse partie de sa famille, l’Église, et aide ceux qui sont dans le besoin. La vérité existe.

Vérité n° 2 : la vérité, ça compte

La vérité ne se contente pas d’exister, elle compte, elle est importante, vitale, lourde de sens.

Dans 2 Thessaloniciens 2.13, Paul dit : « Dieu vous a choisis comme prémices pour le salut, dans la consécration de l’Esprit et dans la foi de la vérité. » Et Jean ajoute : « Je n’ai pas de plus grande joie que d’entendre dire que mes enfants vivent dans la vérité. » (3 Jean 4) Comme c’est la foi en la vérité qui nous sauve, parce que Dieu se réjouit quand nous avançons dans la vérité, il est évident que celle-ci a du poids.

Il arrive que nous soyons en pleine confusion quant à ce qui compte réellement dans la vie. Nous nous laissons distraire par le sport, le cinéma, les affaires ou la politique. Mais notre réponse à la vérité divine compte bien plus que toute autre chose — plus que nos notes ou que notre sélection pour le programme de doctorat ou l’école de médecine. La vérité est ce qui compte !

Avez-vous remarqué que, lorsque quelque chose vous affecte, vous personnellement et uniquement vous, à quel point cela paraît tout d’un coup important ? Vous êtes en voyage loin de chez vous et vous entendez à la radio qu’une catastrophe naturelle, séisme ou inondation, s’est abattue sur votre ville. Vous êtes soudain très attentif. Vous tenez à tout savoir sur l’étendue du désastre. Pourquoi ? Parce que cela vous affecte. Et c’est pourquoi la vérité compte tellement. Elle concerne tout le monde.

Notre façon de répondre à la vérité de Dieu affecte la qualité de notre vie sur cette terre. Jésus a dit : « Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie et l’aient en abondance. » (Jean 10.10) La vie la plus heureuse, la plus épanouie, la plus satisfaisante possible est une vie consacrée à la vérité. Et notre façon de répondre à la vérité nous affecte non seulement à l’instant, mais aussi pour toute l’éternité. Notre réponse à celui qui est la vérité faite chair détermine notre possibilité de vie éternelle.

Il arrive parfois qu’au début d’un grand match de football, alors que la caméra balaie tous les spectateurs se préparant à encourager leur équipe favorite, le commentateur s’exclame : « Que peut-on vivre de mieux ? » comme si ce match était l’événement le plus important de la planète.

Avec tout le respect dû aux commentateurs et aux supporters de football, je crois qu’il peut y avoir mieux, beaucoup mieux que ça. Quand on vit une vraie relation avec le Christ, quand on a la pleine assurance de son amour, quand on attend son retour, quand on est marié à la personne vers laquelle Dieu nous a guidé, quand on tient son enfant dans ses bras, c’est alors que l’on peut vraiment dire : « Que peut-on vivre de mieux ? » La vérité compte !

Vérité n° 3 : la vérité, ça se cherche

La Bible souligne qu’il faut chercher la vérité. Autrement dit, nous devons nous mettre à sa recherche, nous devons nous mettre en quête d’elle. Et vu sa formidable importance, il serait agréable qu’elle nous soit inhérente, qu’elle soit une caractéristique intrinsèque de l’être humain. Comme ce serait bien si la connaissance de la vérité pouvait être aussi naturelle et automatique, pour nous, que l’est l’aptitude à nager pour les canards.

Mais la vérité ne nous est pas inhérente, par plus qu’elle ne nous est livrée « clé en main ». Dieu attend de nous une quête diligente et sérieuse de la vérité. Le Seigneur a dit : « Vous me rechercherez et vous me trouverez, car vous me chercherez de tout votre cœur. » (Jérémie 29.13) Et la manière dont ce verset décrit la quête de Dieu vaut aussi pour la découverte de la vérité, une des qualités premières du Seigneur. En d’autres termes, nous trouvons la vérité quand nous la cherchons de tout notre cœur.

Certains demanderont : « Qu’est-ce que cela signifie, chercher réellement la vérité, la chercher réellement de tout mon cœur, de toute mon âme ? » Une anecdote servira d’explication. Je devais prendre la parole lors d’un camp d’été, il y a plusieurs années, et j’ai commis une grave erreur. Ma femme et moi avions fini de manger et nous étions encore à la cafétéria, devisant avec d’autres adultes. Notre jeune fils ne se tenait pas tranquille et je lui ai dit de retourner dans notre chambre au bungalow. Ce n’était pas loin, mais ça lui faisait traverser la grand-route, dans une zone pleine de touristes. De retour au bungalow, nous n’y avons pas retrouvé notre fils. Nous l’avons cherché, nous l’avons appelé, mais nous ne l’avons trouvé nulle part. Nous nous sommes donc mis désespérément à sa recherche, d’abord au bungalow et aux alentours, puis en retournant à toutes jambes au camp, faisant le maximum pour retrouver notre enfant. Pas un atome de notre énergie qui n’ait été investi dans cette recherche. C’est cela, chercher quelque chose de tout son cœur ! Et quel bonheur quand nous avons retrouvé notre fils !

Chacun de nous a besoin de s’interroger. Que cherchons-nous dans la vie ? Sur quoi nous focalisons-nous réellement dans notre formation ou dans notre profession ? Dieu nous appelle à faire plus que nous préparer seulement à une carrière ou à y réussir. Il attend de nous un engagement dans la recherche de la vérité.

Vérité n° 4 : la vérité réside en quelqu’un

Voici la quatrième vérité énoncée par la Bible à propos de la vérité : la vérité se trouve en une personne et elle s’en écoule. Précisons : la vérité est plus qu’un ensemble de principes ; elle ne se réduit pas à certaines doctrines de l’Écriture. Elle réside en une personne. Tenez compte de Jean 14.6 : « Jésus dit : C’est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi. »

Je m’occupe parfois de conseil préconjugal, et il arrive que des couples veuillent mettre au point tous les détails de leur nouvelle vie commune avant leur mariage : avoir la sécurité financière, de bons emplois et une maison. Certes, toutes ces choses ont leur importance et il est utile de s’en soucier, mais elles comptent bien moins que de savoir que le mariage consiste avant tout à vivre dans une relation permanente avec une autre personne, à être aux aguets pour répondre à ses besoins et à prendre le temps de l’écouter et de s’occuper d’elle.

Un chrétien est, tout simplement, un disciple du Christ. Un chrétien adventiste est un disciple du Christ espérant son prochain retour, et un chrétien adventiste du septième jour est un disciple de Jésus qui l’aime si intensément que, chaque sabbat, il jouit d’un avant-goût du ciel tout en attendant son prochain retour.

Que la vérité soit en une personne ne diminue pas l’importance des enseignements de l’Écriture, ne minimise pas la doctrine. Cela montre, au contraire, que toutes les vérités bibliques rayonnent à partir de celui qui s’est proclamé le chemin, la vérité et la vie.

Vérité n° 5 : la vérité nous demande de tenir bon

La Bible souligne que la vérité exige que nous tenions bon. En d’autres termes, il est bien souvent malaisé de vivre pour la vérité. Il faut parfois du courage, de la bravoure.

Dans un vibrant passage, Paul a exhorté les croyants d’Éphèse : « Au reste, soyez puissants par le Seigneur, par sa force souveraine. Revêtez toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir tenir bon devant les manœuvres du diable […] afin que vous puissiez résister dans le jour mauvais et, après avoir tout mis en œuvre, tenir bon. Oui, tenez bon : ceignez vos reins de vérité » (Éphésiens 6.10-14).

Trois fois dans ce bref passage, Paul emploie l’expression « tenir bon ». Il nous défie de tenir bon. Et, ayant accompli tout ce qu’il fallait faire d’autre, de tenir bon encore.

Parfois, quand nous pensons à tenir bon pour la vérité, nous songeons à des héros de la Bible, comme Shadrak, Méshak et Abed-Nego, qui récusèrent les instructions du roi leur ordonnant de se prosterner et d’adorer l’idole quand jouerait la musique (voir Daniel 3). Ils auraient pu ratiociner pour justifier leur soumission au roi et raisonner ainsi : « Comment pourrons-nous servir le Seigneur si nous somme mis à mort ? » Ils auraient pu se dire : « Oui, nous nous prosternerons, mais en notre for intérieur nous adresserons nos prières au vrai Dieu. Quoi de mal à ça ? » Mais ils ne se sont livrés à aucun compromis alambiqué. Ils ont tenu bon pour la vérité. Et c’est pour ça que lorsqu’ils se sont retrouvés dans la fournaise, ils avaient de la compagnie pour tenir bon.

On pense à Étienne, demandant en prière le pardon pour ses meurtriers alors même que les pierres s’abattaient sur lui (voir Actes 7.59,60), et à Pierre disant : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’à des humains. » (Actes 5.29) Ce sont de merveilleuses sources d’inspiration, mais le fait est qu’il existe encore, de nos jours, des gens qui tiennent bon pour la vérité.

Je songe à un jeune adventiste qui, après sa licence en droit, cherchait un emploi dans un grand cabinet d’avocats. Or ce cabinet représentait l’industrie du tabac. On lui a demandé ce qu’il pensait de travailler pour de tels clients. Il aurait pu taire son opinion au sujet des cigarettes, mais il ne l’a pas fait. Il n’a donc pas eu ce poste, mais a eu la satisfaction d’avoir tenu bon pour la vérité.

Qu’en est-il pour chacun de nous ? Quand la tentation du sexe se fait sentir, quand l’alcool nous attire, quand ce qu’on nous invite à faire compromettrait notre engagement envers Jésus-Christ, comment réagissons-nous ? La seule vérité valant la peine d’être embrassée est celle qui nous demande de tenir bon.

Vérité n° 6 : la vérité libère

Jean 8.32 le clame : « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres. »

Je me souviens d’une importante étape de ma propre émancipation, qui eut lieu dans le groupe de prière de mon foyer d’étudiants au lycée Georgia-Cumberland, en octobre 1975. J’étais à genoux en compagnie de quelques amis, et nous vivions un moment de partage et de prière en commun. J’ai ouvert mon cœur au Seigneur sur un mode nouveau, m’y investissant vraiment, et la paix et l’amour de Jésus sont venus m’envahir. J’ai ressenti la présence de Dieu comme jamais auparavant.

Si l’on devait me demander de décrire ce moment de conversion de manière analytique et dépassionnée, ma réponse serait négative, car ce serait comme demander de mettre en équations ce que l’on ressent quand on est amoureux.

Si j’ai eu bien des sensations au fil des jours et des années qui ont suivi cette rencontre avec mon Seigneur, l’une des plus profondes est celle d’être libre. Libre du fardeau du péché. Libre des manies et des passions qui auraient voulu faire de moi leur esclave. Libre de devenir la personne que Dieu avait prévu que je sois. Libre de vivre toute ma vie en relation avec mon Créateur et Rédempteur.

Et la même expérience est offerte à tous. Comme l’a annoncé Jésus, « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres ».

* Sauf indication contraire, tous les versets bibliques cités dans cet article sont tirés de la Nouvelle Bible Segond.

Greg A. King (doctorat du séminaire théologique de l’Union) dirigeait le département de Religion à l’université de l’Union du Pacifique quand il a rédigé cet article. Il est actuellement professeur d’études bibliques à l’université adventiste du Sud. Adresse : Southern Adventist University ; P.O. Box 370 ; Collegedale, Tennessee 37315 ; USA.