Les femmes au service du Christ

Le leadership de l’Église chrétienne n’était-il composé que d’hommes ? Jusqu’à récemment, c’était mon impression. Paul et Pierre, Augustin et Jérôme, tous les papes, Luther et Calvin, les présidents de la Conférence générale… Tous des hommes ! Imaginez ma surprise en découvrant au cours de mes recherches que l’histoire de l’Église est bourrée d’histoires de femmes, dont certaines ont exercé une profonde influence. Les femmes ont joué un rôle important dans le développement de l’Église. Pourquoi leurs histoires ont-elles généralement été négligées ? Sans doute parce que ce n’était que des histoires de femmes, trop insignifiantes, semble-t-il, pour figurer dans les pages de l’histoire. Par conséquent, on croit qu’elles n’ont eu aucune influence significative sur l’Église chrétienne, ce qui n’est pas sans conséquence pour nous. Ne connaissant pas notre histoire, nous sommes portés à croire que seuls les hommes ont eu un impact dans le domaine religieux. Cependant, au fur et à mesure que les chrétiens prendront conscience de l’héritage des femmes dans l’Église, notre position sur le rôle des femmes dans l’Église changera.

Voici donc quelques-unes de ces histoires. Les femmes qui y tiennent le premier rôle ont deux dénominateurs communs : premièrement, elles étaient remplies du Saint-Esprit, lequel leur a donné le sentiment de la mission et de la dignité ; deuxièmement, elles n’ont craint ni les obstacles, ni les ennemis.

Christina de Markyate

Commençons par Christina de Markyate (1096-1166 environ). Son nom de baptême était Theodora, nom qu’elle changea plus tard à cause de son amour pour Christ. À l’époque de l’Angleterre médiévale, on croyait que pour être vraiment spirituelle, une femme devait rester vierge. Ainsi, à l’âge de 13 ans, Christina promit à Jésus qu’il serait son seul « mari ». Mais ses parents étaient d’un tout autre avis. Christina réfuta tous les arguments bibliques que les prêtres lui présentèrent pour la persuader d’obéir à ses parents. Enfermée dans sa chambre, elle n’avait que Dieu pour la soutenir. Grâce à la puissance de l’Esprit et à ses prières continuelles, elle résista et vécut selon sa conviction. Son amour pour Dieu et son amitié avec lui l’amenèrent au-delà du doute ou de la crainte, et la rendirent capable d’être elle-même. Elle devint même une personne influente et puissante.

Katherine Zell

Katherine Zell (1497-1562), l’une des femmes les plus résolues de la Réforme, épousa alors qu’elle était dans la vingtaine un homme de près de deux fois son âge. Le couple vécut toujours heureux1. Son mari, un prêtre catholique, devint prédicateur luthérien. Ensemble, ils formèrent une équipe œuvrant en faveur de la Réforme à Strasbourg où ils habitaient, et de la paix entre catholiques et protestants. Certains des ennemis de la Réforme firent courir le bruit que le mari avait sa bonne pour maîtresse. De suite, Katherine publia une lettre dans laquelle elle déclara à tous les habitants de la ville qu’elle n’avait jamais eu de bonne, et que leur plus grand désir en tant que couple, c’était de mourir côte à côte sur des croix, se réconfortant l’un l’autre ! « Katherine n’avait pas peur de dire ce qu’elle pensait. Elle s’en prenait violemment à ses ennemis qui voulaient la réduire au silence : «Vous me rabâchez que Paul dit aux femmes de garder le silence à l’église. Ceci m’oblige à vous rappeler les paroles de l’apôtre, à savoir qu’en Christ, il n’y a plus ni homme, ni femme, de même que la prophétie de Joël : “Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront”2. Elle conclut sa déclaration avec une humilité colorée d’une pointe de sarcasme : « Je ne me prends pas pour Jean-Baptiste réprimandant les pharisiens. Ni pour Nathan faisant des reproches à David. Je n’aspire qu’à être l’ânesse de Balaam, corrigeant son maître. » Katherine anima de nombreuses réunions entre des dirigeants catholiques et protestants. Elle nourrit 3 000 réfugiés venus en ville après la guerre des paysans et leur trouva un refuge. Elle prit soin de l’un des leaders de la ville devenu lépreux. Elle compila et publia des cantiques pour encourager les laïcs à regarder à Dieu dans leur vie quotidienne. Son dernier acte consista à célébrer les funérailles d’une femme dont la foi était différente de celle du pasteur luthérien local. Celui-ci n’aurait accepté de le faire que s’il avait pu la désavouer publiquement pour avoir renié la foi luthérienne. Le conseil municipal voulut réprimander Katherine pour sa transgression, mais elle tomba malade et mourut avant qu’ils n’en aient eu le temps.

Elizabeth Hooton

Elizabeth Hooton (1600-1672) fut la première quaker convertie et la première prédicatrice quaker en Angleterre au 17e siècle. Elle croyait que tous, femmes et hommes, sont égaux devant Dieu. Elle n’hésita donc pas à défier les prêtres en matière de doctrine et elle refusa de s’agenouiller devant le roi Charles II3. Elle fut plusieurs fois battue et jetée en prison en Angleterre à cause de sa conduite et de ses croyances, mais ces tribulations n’arrêtèrent en rien ses activités. Elizabeth fut une femme d’une « endurance et d’une persévérance à toute épreuve »4. À l’âge de 61 ans, elle se rendit en Nouvelle-Angleterre en tant que missionnaire. Les autorités puritaines du Massachusetts refusaient catégoriquement de recevoir un quaker. Elles passèrent une loi interdisant aux capitaines de navires de laisser des quakers débarquer à Boston (sous peine d’une amende de 100 £). Ainsi, Elizabeth dut descendre du bateau en Virginie et se rendre à Boston à pied. Dès son arrivée, on la jeta en prison. Le gouverneur décida qu’elle était décidément trop « dangereuse », même en prison. Les gardes l’abandonnèrent à deux jours de marche dans un endroit sauvage, étant sûrs que les ours ou les loups régleraient son cas.

Mais Elizabeth réussit finalement à rentrer en Angleterre. Elle n’y resta que le temps d’obtenir du roi la permission d’acheter un terrain à Boston pour se construire une maison. Selon elle, Boston avait besoin d’une place où les quakers harcelés pourraient rester. Mais les autorités de Boston se moquèrent des ordres du roi. Quand Elizabeth y arriva, on l’enchaîna à une charrette et on la força à marcher jusqu’à trois villes. À chacune d’elle, on lui ôta ses vêtements jusqu’à la taille, et on la fouetta avec un fouet à trois cordes. Après ces châtiments, elle fut encore abandonnée en un lieu sauvage pour y mourir. Tous ses efforts missionnaires en Nouvelle-Angleterre lui coûtèrent trois emprisonnements, neuf séances sévères de fouet et deux bannissements dans les régions sauvages. Mais, une fois de plus, elle sortit vivante des bois. Elle décida de se tourner vers les Antilles. Quelques jours après avoir atteint la Jamaïque, elle mourut en paix, loin de son village natal du Nottinghamshire. Son amour pour l’humanité lui permit de braver toutes les persécutions.

Ellen G. White

Nous, les adventistes, nous avons notre propre héroïne : Ellen G. White. Dans la fleur de l’âge, elle accepta l’appel de Dieu et laissa l’Esprit diriger sa vie. Le sentiment de la mission divine lui donna le courage de résister à ceux qui la rejetaient et essayaient d’entraver son œuvre. À une époque où l’on décourageait les femmes de devenir dirigeants religieux, Ellen écrivit, prêcha, voyagea, et conduisit le mouvement adventiste pendant plus de 50 ans. Que serait l’Église adventiste sans elle ?

Toutes ces femmes demeurent de grands exemples pour nous quant à ce qui peut se produire lorsqu’une personne se consacre entièrement à Dieu. Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté. La liberté de se départir de toute crainte et de vivre sa vie au maximum.

Hanna Norheim est récipiendaire d’une bourse Fulbright. Elle poursuit une maîtrise en religion à l’Université de La Sierra, à La Sierra, en Californie.

RÉFÉRENCES

  1. Voir Roland H. Bainton, Women of The Reformation : In Germany and Italy, Minneapolis, Augsburg Publishing House, 1971, p. 55.
  2. Voir Ruth A. Tucker et Walter Liefeld, Daughters of the Church : Women and Ministry from New Testament Times to the Present, Grand Rapids, Michigan, Zondervan, 1987, p. 183.
  3. Ibid., p. 227.
  4. Elaine C. Huber, « “A Woman Must Not Speak” : Quaker Women in the English Left Wing », dans Ruether et Mc Laughlin, op. cit., p. 165.