Attitude : à vous de choisir !

Là, devant la porte close, je respire un bon coup. Je ne sais que trop ce qu’il y a derrière : un patient âgé confiné dans un lit d’hôpital et entouré de plusieurs membres de sa famille.

Ce n’est pas que le patient soit dans un état critique – non, c’est l’atmosphère qui règne qui me dérange. Je sais fort bien que dès que je mettrai les pieds dans la chambre, les conversations cesseront et les yeux se braqueront tous sur moi. Les sourires feront place à l’anxiété et à la suspicion. L’un des parents du malade se mettra à m’interroger : « Quel est votre nom ? Qu’allez-vous faire pour mon père, et pourquoi ? Vous êtes-vous lavé les mains ? » etc. Toutes mes réponses, tout ce que je ferai pour le patient sera observé, analysé et consigné par écrit.

Tandis que je me prépare mentalement à entrer, une collègue s’approche et me tend un sac de soluté. « Pourrais-tu aller suspendre ce sac pour moi dans la chambre, s’il te plaît ? » me demande-t-elle en me désignant la chambre d’un air contrit. En prenant le sac, je m’imagine les scénarios suivants : je peux entrer dans la chambre, ne regarder personne, faire rapidement mon travail, et sortir dès que possible. Ou encore, afficher un air autoritaire – après tout, c’est mois la professionnelle ! Je serai alors prête à les confronter à ce titre. Et pourquoi ne pas entrer du tout et refiler ma responsabilité à quelqu’un d’autre ? (C’est d’ailleurs ce que ma collègue vient de faire !)

La formation de l’attitude

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Nous naissons tous avec un potentiel de réactions multiples – et nous les manifestons en général dès la tendre enfance. Parents, professeurs, directeurs de l’école du sabbat travaillent de concert pour nous guider et nous encourager à développer une attitude acceptable même si nous n’en avons pas envie.

Ava, ma petite-fille, a 2 ans et est mignonne comme tout. Un matin, à l’époque des dernières fêtes, elle s’est levée du pied gauche. Mademoiselle était d’humeur massacrante. Rien ne la contentait – ni les accolades, ni son petit déjeuner, ni même sa peluche préférée. Renfrognée et rebelle, elle repoussait tout et tout le monde. Son père, exaspéré, lui a ordonné de retourner dans sa chambre et d’y rester jusqu’à ce qu’elle retrouve sa bonne humeur.

Au début, elle a hurlé de colère. Ensuite, elle s’est tue, et a même gardé le silence pendant un moment. Finalement, elle s’est mise à chanter un cantique de l’école du sabbat, doucement au début, puis de plus en plus fort. Peu après, cette petite est sortie de la chambre en arborant son plus grand sourire !

La vie et l’attitude

Récemment, j’ai dû prendre l’avion pour me rendre à un rendez-vous. Pendant ce voyage paisible, des hommes d’affaires assis derrière moi conversaient agréablement. Après un atterrissage sans histoire, l’agent de bord nous a annoncé que nous pouvions utiliser nos cellulaires, ce que beaucoup de passagers se sont empressés de faire, dont l’un des hommes d’affaires derrière moi.

Au bout de quelques minutes de conversation, son ton a changé. Sa voix trahissait maintenant la frustration et la colère : « Je lui ai dit de ne PAS faire ça ! Il a pourtant bien compris mes instructions ! Je me fiche du problème ; il aurait dû suivre mes instructions ! » J’ai entrevu le visage de cet homme : il était creusé de rides profondes dues au stress et à l’inquiétude. Il n’avait fallu que quelques instants pour gâcher son agréable voyage.

La philosophie du poisson

Dans l’un des importants quartiers commerciaux de Seattle, dans l’État de Washington, il y a un secteur où l’on retrouve de nombreuses poissonneries. À Seattle, les marchands de poisson travaillent de longues heures dans le froid et une atmosphère humide. Toute la journée, ils manipulent de la glace et des poissons malodorants. S’il existe une liste des « pires emplois », ce travail se classe certainement parmi les premiers !

Un jour, il y a de cela plusieurs années, un marchand de poisson et ses employés ont décidé de se réunir pour discuter des moyens d’améliorer leurs conditions de travail tout en augmentant le succès de l’entreprise. Le patron a demandé à chacun d’y aller de ses suggestions – farfelues ou non. Un jeune homme a dit : « Je pense que nous devrions nous faire connaître à l’échelle mondiale. » Tout le monde s’est esclaffé. Mais au fil de la discussion, cette idée est devenue de moins en moins saugrenue, et finalement, tous s’y sont ralliés.

Mais comment y arriver ? Ils ne pouvaient ni changer leurs marchandises ni s’installer ailleurs. Impossible d’améliorer les heures et les conditions de travail. Les seuls changements possibles, c’était au niveau de leur groupe, de leur perception du travail, de leur attitude individuelle et collective, de leur façon de traiter les clients. Il en est résulté quatre principes d’excellence : « Jouer » – rendre le travail amusant, « faire plaisir » – intégrer les clients dans un divertissement, « être attentif » – se concentrer sur le travail et la clientèle, et « adopter la bonne attitude ».

De cette réunion et des concepts initiaux qui y ont été développés est née « la philosophie du poisson ». Ce modeste étal de poisson est maintenant un endroit animé et joyeux où les clients s’attroupent pour rire des pitreries tordantes de ceux qui les servent (par conséquent, les affaires se portent on ne peut mieux). Et – croyez-le ou non – sa renommée est maintenant mondiale !

Une question de choix

Interviewé au sujet du principe « Adopter la bonne attitude », l’un des jeunes vendeurs de poisson a déclaré que tous les matins, avant même de sauter du lit, il prend la décision de passer une bonne journée, d’apprécier son travail et de faire de chaque vente un « happening ». Se réveille-t-il préoccupé ou les traits tirés ? Qu’importe ! Il choisit délibérément et sur-le-champ que cela n’affectera pas sa journée. Et ce choix fait en sorte qu’il est plus heureux au travail. En s’ingéniant à trouver des façons de rendre les autres heureux, il éprouve du plaisir… même dans un marché de poisson. Il dit que ses journées de travail passent plus rapidement, de façon plus agréable.

Nous ne devons pas être les victimes des circonstances. Bien réagir ne peut dépendre que d’une décision – une décision plus qu’avantageuse. Une attitude négative entraîne un stress physique, augmente la pression artérielle et le rythme cardiaque. Notre réponse immunitaire est compromise, notre digestion dérangée, et notre logique déboussolée. Nous pouvons dire ou faire quelque chose d’irrationnel et compliquer les choses.

Une décision consciente de rester calme, de voir le positif d’une situation, d’explorer les alternatives et de maintenir une attitude joviale et optimiste portera en elle sa récompense – pour notre travail, nos familles, notre église, et notre bien-être. Nous ne pouvons changer nos circonstances, soit, mais nous pouvons décider de réagir positivement.

Pour nous entraîner à mieux réagir, il sera peut être nécessaire, parfois, de nous retirer dans « notre chambre » pendant un moment – vous vous souvenez de la petite Ava ? Ou, comme l’homme d’affaires, de nous arrêter pour évaluer notre situation difficile et adopter l’attitude la plus positive face à une situation négative. Une telle prise en charge de l’attitude nous donne du pouvoir. En nous focalisant sur ce que nous voulons être, nous avons un impact sur nos actions. Il nous est alors possible de nous occuper plus calmement des personnes et des situations.

Le succès en cinq étapes

Voici cinq étapes pour développer une attitude positive :

1. Comme le suggère la « philosophie du poisson », adoptez une attitude joyeuse et positive dès le réveil. Ce choix peut devoir être renforcé plusieurs fois au cours de la journée, au gré des situations. En remettant votre journée à Dieu, en demandant qu’il soit avec vous et qu’il vous guide, vous vous assurerez le succès. Dieu sera un « un secours toujours offert lorsque survient la détresse », tel que promis au Psaume 46.1, 2 (SEM). Ses promesses sont certaines, mais… il nous faut nous en réclamer !

2. Dans chaque situation, cherchez ce qui est positif et ce qui mérite votre reconnaissance. La reconnaissance nous aide à ne pas perdre le sens des proportions. Voici ce qu’Ellen White dit : « Dieu sème ses bénédictions le long de notre sentier pour illuminer notre parcours terrestre et nous amener à l’aimer et à le louer. Il veut que nous rafraîchissions notre cœur au puits de son salut. Nous pourrons chanter les cantiques de Sion, nous pourrons encourager les autres comme nous-mêmes. L’espérance renaîtra, et les ténèbres seront changées en lumière1. »

3. Cultivez le sens de l’humour. Apprenez à rire et vous serez plus positif, surtout si vous ne vous prenez pas trop au sérieux ! Comme antidote au stress, à la douleur et au conflit, le rire n’a pas son pareil. Il peut faire diminuer, disparaître même, l’hypertension artérielle, le stress et l’inquiétude. Tandis que l’esprit et le corps bénéficient de l’influence positive de l’humour, l’équilibre peut être restauré. Les fardeaux ne semblent plus aussi lourds ; les problèmes et les conflits sont vus d’un autre œil, et les relations s’améliorent. Assurément, le rire est un excellent remède et un antidote puissant.

Bob Newhart a fait rire des millions de personnes et les a encouragées dans les situations les plus éprouvantes. Il a dit un jour : « Le rire nous permet de prendre de la distance face à un événement, de le gérer et de poursuivre notre route. »

« Un cœur joyeux réjouit le visage. » (Pr 15.13, PDV)

4. Croyez que vous êtes responsable de votre destinée. La vie n’est pas quelque chose qui se passe autour de nous. Elle est ce que nous en faisons. Nos choix d’attitude, de paroles, et d’actions – en fait, notre façon de vivre – n’en tiennent qu’à nous. Nous ne devons pas être victimes des circonstances. Et la meilleure nouvelle de toutes, c’est que notre engagement envers Dieu est promesse de direction, de sagesse et de présence divine pour toutes les expériences de la vie ! Le GPS céleste ne vous décevra jamais !

« Si quelqu’un d’entre vous manque de sagesse qu’il la demande à Dieu qui donne à tous libéralement et sans faire de reproche, et elle lui sera donnée. » (Jc 1.5)

5. Prenez le temps de souffler. Au cours de nos journées occupées, nous nous retrouvons parfois dans des situations impossibles, en apparence du moins. Les exigences et les problèmes de la vie semblent incessants et monumentaux. Tout va de travers. Nous devenons fatigués, frustrés, impatients, irrités même.

Quand cela se produit, pourquoi ne pas prendre une pause ? Distancez-vous de la situation. Retirez-vous littéralement ou figurativement dans une pièce tranquille, ou changez d’activité. Une bonne lecture, la prière, de l’exercice, une marche au grand air, un passe-temps, une rencontre entre amis, du bénévolat – toutes ces choses contribueront à vous « changer les idées ». Vous retrouverez votre calme et verrez les choses différemment. Jésus nous a donné l’exemple : il amenait périodiquement ses disciples à l’écart pour qu’ils puissent se reposer, se rafraîchir, refaire le plein. Une pause détend l’esprit et permet de retrouver son calme, de penser plus clairement. « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » (Mt 11.28)

Tandis que je murmure une brève prière tout en vérifiant mon matériel et en révisant mon approche, je sens soudain une vague de sympathie m’envahir pour les occupants de la chambre. Ils ont peut-être été échaudés par le passé suite à un mauvais traitement médical, ce qui expliquerait leur méfiance à l’égard du personnel médical. Ou peut-être craignent-ils le pronostic du médecin… Quoi qu’il en soit, je peux faire disparaître cette méfiance grâce à mon attitude. Je peux sans doute illuminer leur journée grâce aux soins réconfortants que j’administrerai au patient, ainsi qu’à mon entrain. J’en ai l’occasion – maintenant. Ainsi, armée d’une attitude positive, d’un sourire et d’une calme assurance, j’ouvre la porte et pénètre dans la chambre.

Rae Lee Cooper, infirmière diplômée, est l’infirmière officielle de la Conférence générale, à Silver Spring, au Maryland (États-Unis). Son courriel : cooperr@gc.adventist.org.

  1. Ellen G. White, Our High Calling, Washington, D. C., Review and Herald Assn. Publ., 1961, p. 10.