Les tragédies et le Créateur

Apprendre à faire confiance à Dieu quand la tempête fait rage

Dans son livre When Bad Things Happen to Good People, le rabbin Harold Kushner écrit : « Une seule question importe, au fond : pourquoi de mauvaises choses arrivent-elles à de bonnes personnes ? Toute autre discussion théologique ne se borne qu’à l’intellectuel. […] Presque toutes les discussions sérieuses traitant de Dieu et de la religion ont démarré par cette question, ou, en tout cas, n’ont pas tardé à la mettre sur le tapis. […] La répartition injuste de la souffrance dans le monde trouble tous ceux avec qui je me suis entretenu à ce propos.

« Les malheurs qui accablent les braves gens ne bouleversent pas seulement ceux-ci et leur famille, mais encore tous ceux qui veulent croire en un monde juste et vivable. Ils soulèvent inévitablement la question de la bonté, voire de l’existence de Dieu. »1

Le rabbin Kushner n’est pas le seul à poser cette question. Beaucoup d’entre nous luttent pour corréler les tragédies et le Créateur — et aujourd’hui, sans doute, plus souvent que jamais. Au cours de la dernière décennie, les nouvelles tragiques ne nous ont pas épargnés. Des images d’une souffrance inimaginable, de centaines de milliers de victimes de la guerre, d’ouragans, de séismes, de tsunamis et de tornades ont défilé sur le petit écran, nous accablant, parfois, au point de ne pouvoir les supporter une seconde de plus.

Je travaille depuis plusieurs années pour la revue Adventist Review. Au fil des ans, les éditeurs y ont publié de nombreuses histoires de tragédies parmi les adventistes, dont :

Le naufrage d’un bateau au Bangladesh, lequel avait à son bord 22 enfants d’une école adventiste primaire. Vingt enfants ont survécu, mais deux, hélas, se sont noyés dans le fleuve.

La mort de quatre administrateurs de la Fédération Georgia-Cumberland et d’un pilote adventiste après que leur avion se soit écrasé peu après le décollage près de Chattanooga, au Tennessee.

Le décès du pilote missionnaire adventiste Robert Norton, un bénévole pour Adventist Medical Aviation (AMA) au Vénézuela, de même que de ses cinq passagers (dont deux enfants). On a signalé la disparition de son avion au Venezuela. Bien que des bénévoles se soient livrés à d’actives recherches, l’appareil est demeuré introuvable.

Le meurtre d’un étudiant de l’Université du nord des Caraïbes quelques heures après que plus de 10 000 adventistes aient participé à une marche contre la violence dans les rues de Kingston, en Jamaïque.

Le meurtre d’une jeune étudiante missionnaire de l’Université adventiste Southern, tandis qu’elle travaillait comme professeur sur l’île de Yap.

Au sein de toutes ces tragédies, une question lancinante, pénible, nous assaille : pourquoi ? Et elle ne nous renvoie pour tout écho que le silence — du moins, tant que nous sommes sur cette terre. D’accord, mais avouons que ceci ne nous empêche tout de même pas d’y penser.

En 2009, j’ai eu le plaisir d’interviewer Sigve Tonstad, un professeur de l’Université de Loma Linda, pour un article de couverture. Le sujet ? La ferme industrielle. Dans cet article, nous avons abordé la question de la résistance aux antibiotiques — une conséquence des doses massives d’antibiotiques que l’on administre aux animaux des fermes industrielles sous forme d’hormones de croissance — sans parler des conditions de vie épouvantables et du traitement inhumain infligé aux animaux. La position de Sigve Tonstad a pour fondement les principes bibliques de l’économat et le sabbat du 7e jour dans toute sa signification. Sur le plan de la recherche, de la rédaction et des illustrations, j’ai trouvé un tel sujet fort pénible. J’ai découvert des choses que j’ai espéré de tout mon cœur ne pas être vraies. Quel choc ! Soudain, le monde m’a paru encore plus sombre. À la fin de cette expérience, un désir impétueux d’intervenir a jailli dans mon cœur : que pourrais-je faire pour changer un tant soit peu les choses ? Mais bientôt, l’impuissance m’a envahie. Pensez-y : si les animaux subissent une telle maltraitance, que dire alors des conditions humaines atroces qui pullulent dans le monde entier ?

Heureusement, même une seule personne peut apporter un changement significatif. Et à cet égard, les preuves historiques ne manquent pas. Cependant, lorsque nous voyons le mal prospérer et le peu d’efficacité, semble-t-il, des gestes posés pour les contrecarrer, la question torturante, lancinante, refait immédiatement surface : « Où est Dieu ? »

Tout comme vous, je n’ai pas la réponse à cette question. Mais après réflexion, j’en suis venue à croire qu’au bout du compte, une seule attitude s’impose : avoir confiance. Non que je veuille banaliser les choses et dire que toute situation a ses « bons côtés », ou que ce qui nous arrive soit conforme à la volonté de Dieu — de toute façon, je n’accepte pas ces concepts. C’est un ennemi qui a fait ces choses. Mais je crois que nous devons avoir confiance en la bonté, la justice et l’amour de Dieu. Avoir confiance que d’une manière où d’une autre, quelque chose de bon — au bout du compte — sortira même du pire que la vie nous apporte.

Au Psaume 52.8, 9 (TOB), David dit : « Je compte sur la fidélité de Dieu à tout jamais. J’ai espoir en ton nom, car il est bon, en présence de tes fidèles. »

Et Ellen G. White écrit : « Dieu nous donne ainsi des leçons de confiance. […] La foi devient ainsi plus forte lorsqu’elle est en conflit direct avec le doute et la crainte. »2

Voici une petite histoire — l’une de ces vieilles paraboles desquelles se dégage une morale — plus simple, certes, mais qui reflète un principe semblable. Un jour, le cheval d’un fermier s’enfuit. Ayant été mis au courant, le voisin de celui-ci accourut pour lui manifester sa sympathie.

« J’ai entendu dire que tu as perdu ton cheval, dit-il. Quelle mauvaise nouvelle ! »

« Qui sait ? répondit le fermier. C’en est peut-être une, mais peut-être pas ! »

Le lendemain, le cheval du fermier rentra au bercail, mais il ramena avec lui des copains — des chevaux sauvages. Le voisin s’empressa d’aller le féliciter.

« C’est formidable, non ? »

« Qui sait ? répliqua le fermier. Peut-être que oui, peut-être que non ! »

Le lendemain, le fils du fermier décida de monter l’un des nouveaux chevaux sauvages pour le dompter. Dans sa fougue, le cheval jeta son cavalier par terre, et celui-ci se cassa une jambe. À cette triste nouvelle, le voisin revint offrir sa sympathie.

« C’est tellement triste, cette histoire ! »

« Qui sait ? répondit le fermier. Peut-être que oui, peut-être que non ! »

Le lendemain, des soldats parcoururent la région pour recruter des soldats. Ils emmenèrent les fils de la plupart des fermes environnantes. Ils arrivèrent enfin chez le fermier. Oui, cet homme avait un fils, mais un fils à la jambe cassée… un bien mauvais candidat pour l’armée !

« Maintenant, dit le fermier, je sais que la fugue de mon cheval a été une bonne chose ! »

Morale de cette histoire ? C’est que tant que nous ne connaissons pas la fin d’une série d’événements, il est difficile de savoir exactement pourquoi les choses se passent de telle ou telle façon.

Notre vie est une série d’événements, elle aussi, et bien que nous sachions qu’au retour de Jésus nous célébrerons la victoire, souvent nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi les circonstances de notre vie quotidienne se produisent de telle ou telle manière. Quel bien possible peut-il sortir des épreuves, des tragédies ?

Tant que nous vivrons, nous chercherons la réponse à cette question. Cependant, souvenons-nous que l’important, ce n’est pas de comprendre, mais d’avoir confiance.

Sandra Blackmer est actuellement rédactrice d’articles spéciaux pour la revue Adventist Review.

  1. Harold Kushner, Why Bad Things Happen to Good People (New York : Avon Books, 1981), p. 6.
  2. Ellen G. White, Pour un bon équilibre mental et spirituel, vol. 2, p. 491.
  3. Ellen G. White, La tragédie des siècles, p. 566.
  4. Gina Wahlen, Adventist Review, 14 avril 2011, p. 7.