Travaillez à votre salut !

L’exhortation de Paul se réfère non au salut par les œuvres, mais à une vie et à un style de vie conformes aux exigences de la foi.

L’un des passages des Écritures difficiles à comprendre, particulièrement pour ceux d’entre nous qui insistent sur le salut par la grâce, au moyen de la foi, c’est Philippiens 2.121 : « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement ». Le verset qui suit ajoute à la difficulté : « Car c’est Dieu qui produit en vous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir. » (v. 13) Y aurait-il contradiction entre les deux déclarations – la demande et la promesse, l’exhortation et l’application ? Y aurait-il une saveur légaliste dans la phrase « Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement » ? Une tentative de marcher sur la corde raide théologique en essayant d’équilibrer le divin et l’humain dans le processus du salut ?

Loin de moi cette pensée ! S’il y avait une vérité précieuse pour l’apôtre, c’était bien celle de la bonne nouvelle du salut par la grâce, au moyen de la foi. Tout au long de son ministère, Paul proclama que le salut nous est accordé uniquement par la grâce, que l’acceptation d’un pécheur par Dieu ne se mérite pas, mais se reçoit comme un don. L’apôtre légua même à la communauté chrétienne deux épîtres – Romains et Galates – entièrement consacrées à cette bonne nouvelle du salut par la grâce. Et aux Éphésiens, il écrivit : « C’est par la grâce en effet que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Ce n’est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie. » (Ep 2.8,9)

Mais alors, que voulait-il dire en demandant aux chrétiens de « travailler » à leur salut ?

L’exhortation de Paul se réfère non au salut par les œuvres, mais à une vie et à un style de vie conformes aux exigences de la foi. En réalité, il dit ceci : « Oui, vous êtes sauvés par la foi. Vous êtes sauvés par la grâce “gratuite” de Dieu. Mais vous êtes sauvés pour vivre ! Votre foi doit passer de la théorie à la pratique. Vous devez vivre votre salut. Cela implique un style de vie caractérisé par l’obéissance, un style de vie semblable à celui de notre divin modèle, Jésus-Christ, lequel s’est rendu obéissant jusqu’à l’humiliation et à la mort (Ph 2.5-12). De plus, vous êtes entièrement responsables de votre marche chrétienne. Personne ne peut s’en occuper à votre place. »

Par conséquent, le « travaillez à votre salut » de Paul ne veut pas dire « travaillez pour votre salut », mais plutôt « vivez une vie qui corresponde à votre nouveau statut d’enfant de Dieu ». Jac Muller le souligne ainsi : « Le croyant est appelé à travailler, à rechercher activement la volonté de Dieu, à cultiver sa vie spirituelle, à réaliser les vertus de la vie chrétienne et à appliquer personnellement le salut. Il doit “travailler” ce que Dieu dans sa grâce “a produit en lui”. »2

Cette responsabilité humaine, suggère l’apôtre, doit être assumée « avec crainte et tremblement ». Paul ne se réfère pas à quelque « terreur servile »2 d’un maître vengeur, ni à quelque frustration dans l’accomplissement du dessein rédempteur de Dieu. Mais il se méfie de cette capacité innée du moi d’avoir une confiance excessive en soi, ou de faire preuve de suffisance au cours du pèlerinage vers le ciel. Ellen White nous avertit : « Vous ne devez pas craindre que les promesses de Dieu restent vaines, que sa patience se lasse et que ses compassions vous fassent défaut. Craignez plutôt que votre volonté ne soit pas soumise à celle du Christ, et que votre vie ne soit dirigée par vos traits de caractère, héréditaires ou acquis. […] Craignez que le moi ne s’interpose entre votre âme et le Maître, et que votre volonté ne ruine le dessein de Dieu à votre égard. Enfin, ne vous fiez pas à vos propres forces ; gardez-vous de retirer votre main de celle du Christ et de suivre le sentier de la vie loin de sa présence. »3

Dans ce sens, la crainte et le tremblement doivent accompagner la marche chrétienne. Cependant, l’apôtre n’implique en aucune façon que l’on doive se débrouiller tout seul. « Car Dieu œuvre en vous. » Le mot « œuvre », c’est energeo. Dieu vous donne de l’énergie. Celui qui a commencé en vous « cette bonne œuvre » (Ph 1.6) vous rend maintenant capable de la terminer.

Cette emphase sur l’œuvre de Dieu dans la vie d’un chrétien (1 Co 12.6,11 ; Ga 2.8 ; Ep 1.11,20) nous donne l’assurance que les diverses phases du salut – le commencement, la continuation, et l’apogée – sont garanties par la grâce de Dieu pour tous ceux qui croient en lui et marchent avec lui. Comme le fait remarquer Karl Barth : « C’est Dieu qui donne à tous, peu importe ce qu’ils accomplissent, “de travailler à leur salut”. […] Par conséquent, nous nous confions entièrement en la puissance de Dieu, et reconnaissons que toute grâce, toutes choses – le désir et l’accomplissement, le commencement et la fin, la foi et la révélation, les questions et les réponses, la quête et la découverte – viennent de Dieu et ne résident, en réalité, qu’en Dieu. […] L’homme ne peut mettre en pratique son salut que s’il reconnaît que ce salut lui vient de Dieu […] ! » 4

Voilà la beauté de l’Évangile ! Dans le salut de l’humanité, Dieu est incontournable. Sa grâce initie, et sa grâce complète le processus de la rédemption. « Tout ce qui se fait sur son ordre doit être accompli par sa force. Tout ce qu’il ordonne, il le donne. » 5

Par conséquent, ne craignez pas. Ne tremblez pas. Croyez, et laissez Dieu accomplir son œuvre en vous.

John M. Fowler (titulaire d’une maîtrise ès arts, d’un doctorat en éducation de l’Université Andrews, et d’une maîtrise ès sciences de l’Université de Syracuse) est rédacteur pour Dialogue et ancien directeur adjoint du Département de l’éducation de la Conférence générale. Son courriel : fowlerj@gc.adventist.org.

RÉFÉRENCES

  1. Sauf mention contraire, les références bibliques sont tirées de la Bible Segond révisée (Colombe).
  2. Jac J. Muller, The Epistles of Paul to the Philippians and to Philemon, Grand Rapids, Michigan, Wm. B. Eerdmans, 1955, p. 91.
  3. Ellen G. White, Les paraboles de Jésus, p. 134.
  4. Karl Barth, The Epistle to the Philippians, tr. de James W. Leitch, Richmond, Virginie, John Knox Press, 1962, p. 73, 74.
  5. Ellen G. White, Les paraboles de Jésus, p. 287.