Histoire, philosophie et destinée : aperçus du livre de Daniel

La vision du monde et le rôle que peuples et nations jouent dans le plan de Dieu pour racheter le monde nous concernent profondément aujourd’hui.

Dès les premières lignes de son livre, Daniel déclare qu’il vient d’être fait prisonnier et conduit à Babylone. Là, il fait l’expérience de défis personnels considérables, et reçoit des visions insolites et parfois troublantes. Si l’on considère ces visions d’un point de vue général, on obtient un niveau d’information différent de celui qui ressort habituellement de ses prophéties et récits. Or, ces informations s’appliquent à nous aujourd’hui de façon remarquable, sans égard au lieu.

Le professeur Collingwood, historien de renom, a affirmé que « le but ultime de l’histoire, ce n’est pas de connaître le passé, mais de comprendre le présent »1. À cela, nous pourrions ajouter que l’histoire religieuse vise non seulement à comprendre le présent, mais aussi à fournir conseils et espoir pour l’avenir (voir 2 P 1.19).

Tout en gardant ces choses à l’esprit, nous allons considérer brièvement certains des principes les plus évidents se dégageant du livre de Daniel.

Le passé informe le présent

D’entrée de jeu, le livre de Daniel nous informe que personne n’est une île. Nos actes produisent un effet sur nos semblables. Ainsi Daniel et ses compagnons furent capturés et exilés en raison des péchés des dirigeants de leur nation, et non pas des leurs. Hélas, le royaume de Juda dédaigna les leçons données à Israël quelques centaines d’années auparavant (Jr 18.6-12 ; 26.2-8). Les Juifs s’adonnèrent aux pratiques païennes et se livrèrent à des comportements immoraux. Et ils en subirent les dures conséquences : en 605 av. J.-C., ils perdirent leur indépendance. Babylone força Juda à payer un tribut. Par cet acte humiliant, Dieu leur lança un vibrant appel au réveil2. Malheureusement, ils firent la sourde oreille et ne se détournèrent pas de leurs mauvaises voies, ce qui entraîna leur fin prématurée (2 R 23.26 ; 24.1,2).

Le royaume de Juda fut anéanti faute d’avoir intériorisé la ferme vision du monde que partageaient Daniel et ses compagnons. Ces jeunes gens représentaient une partie du reste, préparés pour soutenir courageusement leur foi. Ils comprirent très vite que chaque individu et chaque nation a un rôle que Dieu lui a assigné, que le refus d’agir honorablement et de se conformer aux principes divins entraîne toujours des conséquences désastreuses. Leur conviction se renforça lorsqu’ils virent Nebucadnetsar, sous les directives divines, punir successivement les Amorites, les Moabites, les Philistins, les Égyptiens et les citoyens de Tyr pour leur comportement fanfaron et méchant (Ez 25.5-17 ; 26.3-7 ; 29.3-9, 17-19).

Une vision du monde qui donne un objectif et de l’espoir

Daniel a agi à un point tournant de l’histoire. Les représentants du royaume de Dieu sur terre ayant lamentablement échoué dans leur rôle d’ambassadeurs, ils furent emmenés en captivité. C’est à peu près à cette époque que surgirent de nouvelles philosophies – entre autres les philosophies de Lao-Tseu, Confucius, Bouddha, Pythagore et Zoroastre (le mithraïsme est né de ses enseignements) – qui séduiraient le monde. Chacune de ces philosophies était, certes, en quête de vérité, mais promouvait en même temps des perversions séduisantes. La Babylone antique devait elle-même agir comme la source d’inspiration d’où découlèrent toutes les autres fausses religions. Ces liens sont particulièrement évidents dans l’hindouisme, par exemple3. Aux jours de Daniel, l’Empire néo-babylonien se distinguait par ses contributions à l’astronomie et jouissait d’un système d’astrologie de pointe par lequel on prédisait l’avenir4.

Daniel et ses compagnons s’attachaient fermement à l’authentique vision du monde qui sous-tend le récit biblique, comme en témoignent leurs paroles et leurs actes, ou le récit de ceux qui, bien disposés envers eux, furent influencés par eux. Jetons maintenant un coup d’œil sur les différents principes de cette vision du monde.

  • L’univers est gouverné par un Dieu créateur personnel. La délivrance miraculeuse des trois Hébreux de la fournaise ardente et celle de Daniel de la fosse aux lions prouvent sans aucun doute que Dieu s’intéresse personnellement à ses créatures (Dn 3.24,25,28 ; 6.22).
  • Dieu est vivant et infini. Lors de sa conversion, Nebucadnetsar lui-même exprima cette vérité sous l’inspiration du Saint-Esprit (Dn 4.34,35 ; 6.26).
  • Le royaume de Dieu est fondé sur le principe de l’amour (Dt 10.15-19 ; voir Mt 22.36-40 ; 1 Jn 4.7,8). Dieu promit aux pécheurs repentants d’être leur sauveur et de les justifier, malgré leur rébellion (Es 45.22-25). La relation que Daniel entretenait avec Dieu (Dn 9.23 ; 10.11 ; 12.13) atteste qu’il comprenait ce principe fondamental. Il prenait l’instruction de Deutéronome 10.12 au sérieux : « Maintenant, Israël, que demande de toi l’Éternel, ton Dieu, si ce n’est que tu craignes l’Éternel, ton Dieu, afin de marcher dans toutes ses voies, d’aimer et de servir l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme. »
  • Le royaume de Dieu est fondé sur des principes moraux immuables. Dieu est juste et miséricordieux ; il pardonne ; sa loi, reflet de son caractère, nous permet de comprendre son comportement (Dn 9.7-11 ; voir Ps 89.14).
  • Des forces antagonistes dynamiques s’opposent au royaume de Dieu (Dn 10.13,20-21). Le chapitre 8 (v. 11-14) du livre de Daniel révèle qu’une puissance anti-Dieu redoutable s’efforcerait d’attaquer le bien-fondé de la miséricorde divine et son harmonie avec son code de justice. Chose intéressante, Ézéchiel, un contemporain de Daniel, affirme que Satan lui-même est l’auteur de cette attaque (Ez 28.12-19 ; voir Ap 12.3-5,12-17).
  • Le mal sera finalement détruit (Dn 2.44 ; 7.26,27). L’apôtre Paul écrit : « Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds » (Rm 16.20) – affirmation qui correspond parfaitement à la pensée de Genèse 3.15.
  • L’immortalité appartient à Dieu, et son don, au vainqueur (Dn 12.13 ; voir 1 Tm 6.16).
  • Selon les adventistes, ces sept principes sont au cœur même de la grande controverse, et similaires à ceux auxquels « le reste » de Dieu s’est accroché tout au long de l’histoire. Cette réalité devrait, à elle seule, nous donner confiance dans la tutelle divine.

    On lit les activités du Créateur entre les lignes de l’histoire

    Dans deux de ses livres, l’apôtre Jean indique que les activités du Créateur paraissent en filigrane dans l’histoire (Jn 1.1-4,14 ; Ap 1.5-7). L’histoire révèle également les voies de Dieu ; en fait, les voies du Christ, le Créateur. Par conséquent, on peut résoudre certaines questions difficiles en analysant le récit des activités créatrices de Dieu. C’est là une position familière de l’Église adventiste. Prenons, par exemple, le sabbat du septième jour et les soins à apporter au corps. Daniel et ses amis comprenaient – et cela n’a rien d’étonnant – que l’histoire biblique n’est autre que le récit de la relation de Dieu avec l’ensemble de sa création.

    Ces jeunes hommes manifestèrent leur haute considération pour l’ordre spécifié à la création concernant le manger et le boire (et, sans aucun doute, d’autres aspects de leur vie). Ils témoignaient ainsi de leur respect pour leur corps, leur développement spirituel et leur désir de prendre soin de la création. À vrai dire, ils étaient, d’une certaine manière, en avance sur notre temps. Daniel 2 décrit la destruction des empires de ce monde par une pierre (« sans le secours d’aucune main » – Dn 2.34). Ces nations (comme celles d’aujourd’hui) étaient obsédées par leur désir de s’enrichir et de découvrir des méthodes d’avancement (les métaux de la statue suggèrent cette idée). Le consumérisme et l’autoglorification étaient bien ancrés dans l’Empire néo-babylonien… Dans sa sagesse, Dieu utilisa le matériau de construction de base de la terre (les pierres) pour briser le cycle continu des activités orgueilleuses des nations. C’est là un rappel puissant que les nations, les descendants d’Adam, ont été tirées du sol (adamah) et que leur vie dépend du Dieu créateur. Tous ceux qui ne réussissent pas à comprendre le caractère et les voies du Créateur personnel – Dieu – seront privés de leur puissance.

    L’effet pratique d’une telle compréhension, c’est que si le récit de la Bible souligne un modèle systématique de pensée/comportement dans la création et la nouvelle création (la nouvelle terre), alors il va de soi que Dieu désire que ses disciples, suite à leur conversion (recréation), organisent leur vie en conséquence. Par exemple, le sabbat du septième jour était observé en Éden, fut gardé par le Christ et sera gardé sur la nouvelle terre (Gn 2.2 ; Lc 4.16 ; Es 66.23). Par conséquent, le sabbat du septième jour doit être observé comme une portion sacrée du temps. Toujours en Éden, Dieu donna au genre humain un régime à base de végétaux (Gn 1.29). Sur la nouvelle terre, il n’y aura pas d’effusion de sang, ce qui veut dire que ce régime sera rétabli (Es 65.25 ; Ap 21.4 ; voir Rm 8.22). Il va donc de soi qu’un tel régime, constitue aujourd'hui l’idéal divin (1 Co 10.31 ; voir Ap 14.7) et favorise la santé tant spirituelle que physique.

    Le rôle des nations dans l’accomplissement du plan divin

    Dieu a agi à travers différentes cultures (et continue de le faire) pour accomplir son grand plan du salut. Babylone et la Médo-Perse (des puissances orientales), puis la Grèce et Rome (des puissances occidentales) jouèrent un rôle dans la préparation de l’avènement et du ministère du Messie (venu ici-bas de nombreux siècles après Daniel). Ces nations interagirent avec d’autres groupes au nord et au sud. C’est ainsi que fut soulignée l’importance universelle des prophéties relatives à la naissance et au ministère du Christ.

    À la naissance de Jésus, l’Empire romain dominait le monde. Il facilita le commerce avec de nombreux pays. Les nouvelles de ce qui se passait dans l’empire traversaient de vastes régions. Par exemple, les Chinois apprirent qu’un grand événement s’était produit en Occident relativement à la venue d’un messie (maitreya). Suite à un songe, l’empereur Ming-Ti envoya une députation (64 apr. J.-C.) le long de la Route de la soie. Malheureusement, ces messagers revinrent avec les écritures bouddhistes mahayana5. En revanche, le seul récit astronomique encore disponible de l’étoile qui accompagnait la naissance du Christ nous vient de Chine6 ! Cet événement était lié à la visite des mages venant de l’Orient (Mt 2.1,7-10), ce qui montre le grand intérêt que les peuples de l’Antiquité avaient pour l’astronomie (et l’astrologie), et leur soif d’acquérir de nouvelles connaissances. Il est regrettable que la connaissance de la bienveillance et de la miséricorde de Dieu dans sa plus simple expression, n’ait pas été plus largement acceptée.

    Le mouvement des idées entre les cultures se faisait le long des routes commerciales. C’est ce qui permit à l’Église orientale de s’étendre jusqu’aux confins de l’Asie7. C’est ce qui conduisit aussi, par exemple, le bouddhisme (mahayana) à absorber des idées juives sur le Messie. Celles-ci influencèrent à leur tour certains aspects des pratiques religieuses chinoises8. Malheureusement, des idées païennes s’infiltrèrent dans l’Église chrétienne, particulièrement à l’époque de Constantin le Grand. Daniel prédit une telle infiltration et pleura en voyant les difficultés auxquelles la communauté de foi serait en butte (Dn 7.28 ; 8.27).

    La vérité est immuable

    Dans Daniel 1, quatre jeunes hommes défendirent les principes des Écritures qu’ils avaient appris au foyer. Leur décision courageuse nous confronte. En revanche, la plupart de leurs compagnons décidèrent, sous la pression de leurs pairs et de leurs surveillants, de reléguer la vérité au second plan.

    Ainsi, la majorité des brillants captifs répudièrent des pratiques et des principes culturels et religieux pourtant clairs. Daniel, lui, ne broncha pas. Des années plus tard, il tint ferme lorsque ses collègues de travail, jaloux de la faveur dont il jouissait en raison de son comportement conforme aux principes divins, lui tendirent un piège. Leur complot visait sa vie de prière (Dn 6.6-9). Les conspirateurs misèrent sur le fait que Daniel n’userait d’aucune compromission dans sa relation avec Dieu ni ne cesserait de prier ouvertement. Et ils ne furent pas déçus.

    Pendant toute sa vie de service à Babylone, Daniel rejeta les perversions du grand plan du salut esquissé dans Genèse 3.15. En effet, devins et magiciens (Dn 4.7) faisaient apparaître les morts ; on évoquait la mort violente de Nimrod (le fondateur de Babel – Gn 10.8-10), comme en témoignent les pleurs sur Thammuz (Jr 44.15-18 – Thammuz représentant Nimrod réincarné). On affirmait que sa mort était volontaire, et que le sacrifice de sa vie en faveur de l’humanité devait anéantir le péché et la souffrance (nous avons là une version de rechange de l’écrasement de la tête du serpent du récit de la Genèse)9. Daniel, quant à lui, appliqua avec joie la prophétie consignée dans la Genèse à la naissance du Christ, à son ministère et à ses souffrances. Il avait donc l’assurance de recevoir la vie éternelle (Ez 14.14,20 ; Dn 9.24-27 ; 12.13).

    Les tentatives de pervertir la vérité commencèrent après le déluge, dans la Babylone antique, et se poursuivent à ce jour. Daniel dévoila cette tendance dans ses propos sur les activités de la petite corne (Dn 8.9-12). L’une des méthodes préférées de Satan consiste à mélanger l’erreur à la vérité. Après la mort des apôtres, l’Église chrétienne assimila des doctrines païennes aux croyances chrétiennes, croyant ainsi sanctifier les pratiques païennes. Et aujourd’hui, elle continue de le faire10.

    La Parole de Dieu encourage la communication et la sensibilité interculturelles, non pas le syncrétisme (Mt 7.5-9 ; 15.2,3). La vie de Daniel témoigne de ce principe. Le prophète nous avertit de la venue d’une puissance religieuse qui s’opposerait farouchement aux concepts de la grâce et de la justice divines (Dn 7.25 ; 8.9-12 ; voir Ps 89.14). Il nous met ainsi en garde contre toute philosophie ou doctrine qui ne maintient pas l’équilibre entre ces deux grands piliers du royaume de Dieu. Une analyse approfondie de tous les principaux systèmes philosophiques de notre monde, en dehors du christianisme authentique, montre qu’aucun d’eux ne passe le test. Lors du partage de l’Évangile avec les différentes cultures du monde, une synthèse similaire risque de se produire. C’est pourquoi Daniel nous invite à la prudence.

    Des principes à la base d’un gouvernement stable

    De nombreux dirigeants ont paru dans le but de parvenir à une position éminente, et même de dominer sur le plan régional ou mondial. Certains d’entre eux ont obtenu un succès retentissant. Cependant, l’histoire est encombrée d’exemples de puissants dirigeants en alternance avec des médiocres. On a aussi souvent vu disparaître des empires et des minorités.

    Comment expliquer de tels événements ? Un dirigeant doit être compétent et doté de charisme. Il faut aussi que les citoyens aient une vision claire, pensent de façon créative et travaillent de concert. En outre, le pays doit disposer d’une base économique solide. Cependant, la Bible insiste sur les qualités fondées sur le principe de l’amour (du type agape). Ce principe se manifeste entre autres par la poursuite de la justice, de la miséricorde, de la douceur, de la pureté, de la paix, des pratiques morales, ainsi qu’une connaissance approfondie du Dieu créateur (Mt 5.3-20,38-48). L’application cohérente de ces principes à un niveau national contribuera au succès. Par contre, leur rejet fera vaciller l’édifice et entraînera finalement son effondrement. La réaction des masses à ces principes est également cruciale en matière d’importance et de continuité (2 Ch 33.1-9 ; Os 4.1-3 ; 6.6 ; 7. 14-16). Le même principe s’applique au fonctionnement harmonieux de la société et de la famille, son unité de base.

    Mais revenons à Daniel. Observons les attitudes et les pratiques qui contribuèrent à remplir la coupe des iniquités des nations et les entraînèrent à la ruine. D’Israël il fut dit : « Mon peuple périt, parce qu’il lui manque la connaissance. Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai. » (Os 4.6) D’autres nations suscitèrent des propos semblables (Jon 3.4-10 ; Rm 2.11-16) parce qu’elles rejetèrent l’idée que les préceptes moraux et l’autorité judiciaire ultime ont leur origine en Dieu. L’Empire néo-babylonien bascula indubitablement en raison de son orgueil, de sa rébellion contre la connaissance de Dieu, du culte offert aux idoles et d’une vie axée sur la satisfaction des sens (Dn 5.2-4,18-28).

    L’orgueil, parce qu’il s’écarte des vertus morales présentes dans toutes les cultures11, rejette les appels de la conscience et ignore les leçons qui se dégagent du livre de la nature (Rm 1.20-23 ; 2.14-16), mène assurément au déclin national et à la disgrâce. La vision du monde adoptée par l’ensemble des citoyens, la disposition et l’engagement de ces derniers à poursuivre la justice sont des facteurs d’une signification vitale dans l’explication des événements de l’histoire12. Lorsque la coupe des iniquités des nations sera pleine, alors viendra la fin13.

    Des instruments choisis

    Maintenant, considérons brièvement les responsabilités individuelles soulignées par Daniel.

    Daniel et ses amis influencèrent les affaires de la nation néo-babylonienne. Ils furent élevés à des postes de confiance et d’honneur (Dn 2.46-48). Chose extraordinaire, lorsque les forces médo-perses envahirent Babylone, les compétences administratives de Daniel furent encore reconnues (Dn 5.30 ; 6.1-3). Le prophète s’adapta à la nouvelle culture et à sa philosophie religieuse sans jamais transiger avec sa conscience. Passé maître dans l’art de partager des éléments du plan du salut au-delà des frontières, Daniel devint un missionnaire efficace (Dn 2.28,44,45 ; 4.19-27 ; 6.22.27 ; voir 12.3). C’est aussi le plan de Dieu pour nous. Le Christ a donné à ses disciples un commandement incontournable : partager l’espérance qu’ils possèdent (Mt 28.19,20).

    Dieu montra aussi par les expériences de Daniel qu’il a des alliés hors du commun et que les individus les plus inattendus peuvent répondre aux instances de son Esprit. Honnêtement, auriez-vous cru que Nebucadnetsar s’intéresserait un jour aux plans de Dieu ? Daniel vit l’occasion se présenter et la saisit. Et je suis convaincu qu’il essaya de trouver le moyen de présenter à Cyrus la prophétie d’Ésaïe le concernant (Es 45.1-5 ; voir Dn 12.3). Daniel ne craignait pas de vivre ses croyances de manière positive et de parler de son Dieu chaque fois que l’occasion se présentait. Il possédait non seulement des compétences et des connaissances, mais il était aussi animé d’une sensibilité interculturelle.

    Tout comme Daniel et ses compagnons étaient des instruments entre les mains de Dieu, nous avons été choisis par Dieu nous aussi, pour le faire connaître à nos semblables14. Nous devons leur dire qu’il existe un Dieu créateur qui se préoccupe de tous.

    La vie est entre les mains de Dieu

    La nuit où une main mystérieuse écrivit sur le mur du palais, Belschatsar se retrouva face à une implacable réalité : son immortalité lui attirait maintenant le châtiment divin. La même nuit, il périt aux mains des soldats de Darius le Mède (Dn 5.5,6,25-28,30). Daniel et ses trois compagnons étaient habitués à l’attention et à la protection de Dieu. Ils savaient que leur vie était entre les mains du Créateur, que celui-ci les protégerait et les délivrerait de la mort si son nom en était glorifié (Dn 3.16-18 ; 6.21,22 ; voir He 11.31-40). Ils ne craignaient ni la mort ni le jugement divin, car ils étaient en paix avec Dieu chaque jour. Daniel avait l’assurance que les saints de Dieu hériteront « le royaume, la domination et la grandeur de tous les royaumes qui sont sous le ciel », que le royaume de Dieu n’aura pas de fin, et que les rachetés l’adoreront pendant l’éternité (Dn 7.27). Ces paroles affirment que l’immortalité est un don de Dieu à tous ceux qui le suivent de tout leur cœur.

    Le fait que notre vie soit entre les mains de Dieu s’accompagne d’une instruction : nous devons prendre position pour Dieu dans cette vie. Ce temps de grâce qui nous est accordé ne se répétera pas. C’est ce que Belschatsar apprit lorsque Daniel lui annonça que Dieu l’avait pesé et trouvé léger (Dn 5.27). On retrouve cette déclaration dans une autre vision du chapitre 7 de Daniel, vision où Dieu, dans sa grandeur et sa magnificence, préside au jugement (Dn 7.9-10,13-14 ; voir Ec 12.13,14). Cette scène solennelle nous incite à peser chacune de nos actions; elle nous inspire à une crainte respectueuse, un engagement et un sentiment de confiance paisible et joyeux (Dn 7.27).

    Tout ceci contrastait vivement avec la doctrine émanant de la Babylone antique, à savoir que Nimrod avait affranchi hommes et femmes de la crainte du jugement. Nimrod, disait-on, avait été transmué au ciel. Ainsi naquit l’idée qu’une âme pouvait aller au ciel en dehors d’une relation avec Dieu15. Belschatsar embrassa cette croyance, et Dieu répondit à son mépris effronté de façon concluante. Cet épisode transmet un message clair à tous ceux qui, aujourd’hui, sont tentés de choisir ce même sentier de satisfaction des désirs et de salut par les œuvres.

    Vivre pour glorifier Dieu

    Daniel accepta et enseigna une vision du monde conforme à l’originale donnée par le Créateur. Il fut participant de la relation de la nouvelle alliance soulignée par Jérémie, son contemporain (Jr 31.31-35). Il vécut sa foi de façon cohérente (voir Dn 2.17-19 ; 6.10,11,21,22). Daniel anticipa par la foi ce que nous constatons aujourd’hui par le biais de l’histoire (Dn 9.24-27)16.

    La communauté de la foi débuta en Éden, non pas à la résurrection de Jésus en l’an 31 apr. J.-C. La femme samaritaine et bien d’autres comprirent cette vérité (Jn 4.25 ; 1 Co 10.1-4 ; He 4.1-5) ; cependant, beaucoup prétendent encore que la doctrine du Messie (du Christ, dirait-on aujourd’hui) ne surgit qu’après la résurrection de Jésus, et que nombre de ses enseignements furent empruntés à d’autres individus. La vision du monde de Daniel et sa foi en un Dieu créateur se conformaient aux visions de ses prédécesseurs, en remontant à Adam, ce qui signifie que ses croyances trouvaient leur origine dans un moment de l’histoire qui a priorité sur tous les autres. On a bien remarqué que toute similarité trouvée dans les autres philosophies l’est par altération ou par dérivation de l’original17. Christ fut l’agent choisi par Dieu pour communiquer avec l’humanité dès le commencement (Jn 1.1-4,14). Rien d’étonnant alors à ce que les enseignements du Nouveau Testament se retrouvent dans l’Ancien, et que le Christ nous ait avertis de prêter attention aux écrits de Daniel (Mt 24.15).

    Daniel comprit que le développement du caractère détermine la destinée. Un auteur l’a magnifiquement exprimé ainsi : « Dieu n’a en vue qu’une destinée pour l’humanité – la sainteté. Il n’a qu’un but : former des saints. […] Ne tolérez jamais, par sympathie envers vous-même ou les autres, toute pratique qui ne soit pas en harmonie avec un Dieu saint. […] La sainteté n’est pas seulement un don de Dieu, mais aussi ce qu’il nous communique pour témoigner de sa sainteté. » Daniel se réjouit à l’idée de la résurrection des justes (Dn 12.13), car il recherchait la sainteté. Ami lecteur, vous pouvez, comme Daniel, être animé d’une telle sainteté !

    Warren A. Shipton (Doctorat en éducation, Université de Sydney). Il est ancien doyen des sciences de l’Université Cook et ancien président de l’Université internationale Asie-Pacifique (2006-2010), en Thaïlande. Il est l’auteur d’un livre sur Daniel et l’Apocalypse : Visions of Turmoil and Eternal Rest. Son courriel : wshipton@gmail.com.

    RÉFÉRENCES

    1. R. Collingwood, The Principles of History and Other Writings in Philosophy of History, éd. W. Dray et W. van der Dussen, Oxford, Oxford University Press, 2001, p. 141.
    2. The Seventh-day Adventist Bible Commentary, Washington, D.C., Review and Herald Pub. Assn., 1954, vol. 2, p. 88.
    3. K. Kush, Faces of the Hamitic People, Bloomington, Indiana, Xlibris Corporation, 2010, p. 144.
    4. J. Evans, The History and Practice of Ancient Astronomy, Oxford, Oxford University Press, 1998, p. 16 ; G. S. Holland, Gods in the Desert : Religions of the Ancient Near East, Maryland, Rowman & Littlefield Publishing Group, Inc., 2009, p. 181.
    5. E. Gordon, « World-Healers, or the Lotus Gospel and Its Bodhisattvas, Compared with Early Christianity », New Delhi, Vintage Books, 1993, vol. 1, p. 26-29, vol. 2, p. 422-426.
    6. C. Humphreys, « The star of Bethlehem — a comet in 5 BC — and the date of the birth of Christ », Quarterly Journal of the Royal Astronomical Society 32, 1991, 389-307 ; notes sur la visibilité des 5 étoiles chinoises av. J.-C., http://ww w.astrosurf.com/comets/cometas/Star/Visibility_Star.htm, 4 mai 2010.
    7. P. Jenkins, The Lost History of Christianity, New York, HarperCollins Publishers, 2008, p. 49-70.
    8. Gordon, vol. 1, p. 7-8, 27-28.
    9. A. Hislop, The Two Babylons or the Papal Worship Proved To Be the Worship of Nimrod and His Wife, London, S.W. Partridge & Co, 1976, p. 62-71.
    10. J. Newman, An Essay on the Development of Christian Doctrine, Harmondsworth, Middlesex, Penguin Books, 1974, p. 362, 367-369.
    11. C. Lewis, The Abolition of Man, New York, Macmillan Publishing Co., Inc., 1973, p. 95-121.
    12. F. Schaeffer, How Should We Then Live ?, Old Tappan, New Jersey, Fleming H. Revell Company, 1976, p. 19-29.
    13. Ellen White, Événements des derniers jours, p. 36, 37.
    14. White, Les paraboles de Jésus, p. 282, 283.
    15. Hislop, p. 52-57, 69.
    16. La salutation et l’assurance données par l’ange dans Daniel 10.11,19, indiquent l’acceptation par Daniel de la grande prophétie messianique du chapitre précédent.
    17. Hislop, 6-9, 12-17.
    18. O. Chambers, My Utmost for His Highest, Grand Rapids, Michigan, Discovery House Books, 1992, 1er septembre.