ÉDITORIAL

C’est tout, ou rien !

Après un dernier virage sur une route asphaltée en piètre état, notre autobus bondé s’immobilise en grinçant. Les conversations jusque-là animées ne sont plus que murmures. Nous voilà arrivés au sanctuaire sur la montagne ! Plusieurs passagers s’approchent du monument, s’agenouillent solennellement devant, et déposent leurs offrandes. La cérémonie terminée, notre véhicule entreprend la descente. Dans chaque virage en épingle, il prend de la vitesse. Bientôt, nous serons de retour en ville.

Tandis que la jungle défile à toute vitesse, une pensée me traverse l’esprit. Se pourrait-il que nous érigions parfois des sanctuaires sur les collines de notre vie ? Que nous reléguions involontairement notre relation avec Dieu à une expérience au pied d’un monument perché sur une montagne ? Que le christianisme n’occupe qu’un pan infime de notre vie et ne représente qu’une relique à laquelle nous rendons hommage occasionnellement ? Que nous surfions un jour sur une vague spirituelle puissante pour nous écrouler le lendemain dans un désespoir purement terrestre ? Qu’après notre expérience spirituelle exaltante, nous abandonnions notre sainte vocation ?

Le christianisme authentique englobe la vie tout entière. Que ce soit en paroles ou en actes, nous devons faire « tout au nom du Seigneur Jésus » (Col 3.17). Soit donc que nous mangions, soit que nous buvions – soit que nous fassions quelque autre chose, faisons « tout pour la gloire de Dieu » (1 Co 10.31). Toute activité dans laquelle nous nous engageons doit être associée à Dieu, et toute circonstance, revêtir une signification éternelle qui modèlera notre vie pour l’éternité.

Les chrétiens ne peuvent vivre dans une fausse dichotomie en sautant du domaine spirituel au domaine sécularisé et vice versa. Nous ne pouvons adorer Dieu pieusement le sabbat pour ensuite nous débrancher de lui « le reste de la semaine ». Nous ne pouvons nous contenter d’une brève méditation au réveil pour nous élancer ensuite dans le monde du travail sans autre pensée pour le Seigneur ou son plan à notre égard. Le christianisme, c’est tout, ou rien. Il ne comporte pas de territoire neutre et n’a pas de place pour une demi-allégeance ou une neutralité précaire. Christ lui-même a déclaré : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi. » (Mt 12.30)

Pour mener une vie pleinement chrétienne, le chrétien doit penser de façon chrétienne, et soumettre chacune de ses pensées au Christ (2 Co 10.5). Les Écritures nous le rappellent : « Ayez en vous la pensée qui était en Christ-Jésus. » (Ph 2.5) Mais que veut dire « la pensée de Christ »

(1 Co 2.16) ? Avoir en soi la pensée de Christ signifie que notre vision des choses se conforme totalement au point de vue divin. Nous commençons à voir les autres comme Dieu les voit, c’est-à-dire comme des candidats à son royaume. Nous considérons chaque décision comme une occasion de faire ce que Jésus ferait. Nous envisageons chaque moment à la lumière de l’éternité. Mais comment recevoir cette perspective divine, ce « renouvellement de l’intelligence » (Rm 12.2) ? En passant du temps de qualité avec Dieu par l’étude de sa Parole et par la prière. En contemplant Jésus, nous sommes transformés (2 Co 3.18), puis vivons délibérément chaque moment en présence même de Dieu (1 Th 5.17,18). Résultat ? Un chrétien qui cultive de saintes pensées, prend des décisions inspirées, accomplit des actes dignes du Christ, et témoigne de son sauveur.

L’heure est venue de cultiver un véritable esprit chrétien ! Cependant, nous sommes aux prises avec un problème majeur : nous pensons tellement de façon terrestre que la perspective chrétienne est presque inexistante. Ce qui reste de notre pensée spirituelle ne s’arrête qu’à la moralité personnelle ou aux thèmes doctrinaux. Dans notre vision à court terme, nous poussons notre pensée sécularisée jusque dans l’arène religieuse : objectifs de baptêmes, offrandes, postes au sein de l’église. Sachons cependant que nos références chrétiennes ponctuelles, nos prières occasionnelles, et nos textes bibliques à l’appui ne font pas le poids. Ils ne sont que les pauvres symboles d’une vie fragmentée, dichotomique. Nous ne pouvons limiter notre engagement total à un pan infime de notre vie. Cet engagement doit pénétrer à chaque instant dans les moindres recoins de notre existence, de notre être même. Il est temps d’apprendre à vivre notre foi à 100 pour 100, et de permettre à la perspective éternelle de révolutionner radicalement notre cœur.

Une épinglette chrétienne fixée sur le revers de notre vie ne nous servira de rien. Dieu n’a que faire de ceux qui vivent leur foi à temps partiel. Il veut que nous soyons des chrétiens cohérents et menions une vie chrétienne authentique.

Le christianisme, c’est plus qu’un sanctuaire perché sur une montagne. C’est un appel de toute une vie, un engagement éternel.

Les chrétiens ne vivent pas simplement pour un travail, une famille, ou un poste. Ils n’ont qu’un seul but : vivre pour le Christ.

Comme il est facile de tomber dans le piège du rythme effréné de la vie, de nous laisser emporter par le tourbillon des activités au point d’oublier notre mission et notre destinée ! Aujourd’hui, le Seigneur nous invite à affermir notre vocation chrétienne (2 P 1.10).

L’éternité est là, devant nous. Bientôt, la sainte cité ouvrira ses portes sous nos yeux.

– John Wesley Taylor V, rédacteur